Cybersécurité en officine : ce que l'attaque Almerys nous oblige à mettre en place
L'attaque contre Almerys du 22 mai 2026 a exposé la fragilité de l'écosystème numérique officinal. Tour d'horizon concret des risques cyber pour l'officine et des mesures à mettre en place sans attendre.
L'attaque Almerys du 22 mai 2026 a rappelé que l'écosystème officinal — LGO, tiers payant, messagerie, télétransmission — est une cible. Pour une officine moyenne, cinq actions techniques et organisationnelles changent la donne : authentification forte, sauvegardes hors ligne, sensibilisation au phishing, mise à jour systématique des LGO, et procédure d'incident écrite. Aucune n'est coûteuse. Toutes sont attendues par la CNIL en cas de contrôle ou d'incident.
L'attaque contre Almerys du 22 mai 2026 a rappelé une réalité que beaucoup d'officines préfèrent ne pas regarder en face : l'écosystème numérique sur lequel repose le métier, LGO, tiers payant, télétransmission, messagerie sécurisée, est une cible attractive pour les cybercriminels. Pas parce que les officines sont riches, mais parce qu'elles concentrent des données de santé, des données bancaires, et qu'elles sont interconnectées à toute la chaîne de soin.
Voir notre article sur la cyberattaque Almerys →
Pourquoi l'officine est une cible
Quatre raisons concrètes :
- Concentration de données : 5 000 à 15 000 fiches patients dans une officine de taille moyenne, avec NIR, mutuelle, traitements en cours. Un jackpot pour qui veut revendre ou faire chanter.
- Interconnexions multiples : LGO ↔ Sesam-Vitale, ↔ DP, ↔ messageries de santé, ↔ tiers payant, ↔ banque. Une porte d'entrée = un risque de propagation.
- Sensibilité opérationnelle : un LGO bloqué 24 heures = pas de dispensation, pas de tiers payant. Pression immédiate sur le titulaire.
- Équipes hétérogènes : titulaires, adjoints, préparateurs, étudiants en stage, tout le monde a accès, peu ont eu une formation cybersécurité.
Les 5 mesures à mettre en place sans attendre
Aucune ne demande un budget important. Toutes sont attendues par la CNIL en cas d'incident.
1. Authentification forte sur les comptes critiques
LGO, messagerie pro, accès Ameli Pro, banque, comptes administrateur Windows : double authentification (2FA) obligatoire dès qu'elle est disponible. Mot de passe long (12+ caractères), unique par service, gestionnaire de mots de passe pour l'équipe.
Ce qu'il faut bannir : mot de passe partagé sur un post-it sous le clavier, compte "officine" générique utilisé par tout le monde, même mot de passe pour le LGO et la boîte mail.
2. Sauvegardes hors ligne et testées
Une sauvegarde qui n'est pas testée n'est pas une sauvegarde. Règle 3-2-1 :
- 3 copies des données
- 2 supports différents (disque local + cloud, ou cloud + disque déconnecté)
- 1 copie hors site et hors ligne (déconnectée du réseau)
Tester la restauration au moins une fois par an. Un rançongiciel chiffre aussi les sauvegardes connectées au réseau, la copie hors ligne est la seule garantie.
3. Sensibilisation au phishing : pour toute l'équipe
L'attaque cyber la plus fréquente n'est pas technique : c'est un mail piégé qu'un membre de l'équipe ouvre. Sensibiliser systématiquement à :
- Ne jamais cliquer sur un lien d'un mail demandant de "mettre à jour ses identifiants"
- Vérifier le nom de domaine de l'expéditeur (pas juste le nom affiché)
- Ne jamais transmettre de mot de passe par mail ou téléphone, même à "l'assistance"
- Doute → on appelle directement le service concerné, pas par les coordonnées du mail suspect
Le post-Almerys, c'est encore plus vrai : les données contractuelles volées peuvent servir à du phishing très ciblé.
4. Mise à jour systématique des logiciels
LGO, système d'exploitation (Windows), navigateurs, antivirus : mises à jour appliquées sans délai. La majorité des cyberattaques exploitent des failles déjà corrigées par les éditeurs depuis des semaines ou des mois.
Configurer en mises à jour automatiques quand c'est possible. Pour le LGO : exiger de l'éditeur un engagement de maintien à jour et un calendrier de patchs.
5. Procédure d'incident écrite
Le pire moment pour réfléchir, c'est quand l'attaque arrive. Préparer une fiche réflexe d'une page, affichée près du poste, contenant :
- Qui prévenir en interne (titulaire, adjoint en cas d'absence)
- Numéro du support LGO et du prestataire informatique
- Procédure pour déconnecter physiquement les postes du réseau (débrancher le câble Ethernet, désactiver le Wi-Fi)
- Numéro de Cybermalveillance.gouv.fr : 0 805 805 817
- Délai de notification CNIL en cas de violation de données : 72 heures
Que faire si on est victime
- Isoler : déconnecter les postes touchés du réseau (Ethernet débranché, Wi-Fi coupé). Ne pas éteindre les machines, cela peut détruire des preuves.
- Alerter : prévenir le prestataire informatique, l'éditeur du LGO, puis Cybermalveillance.gouv.fr.
- Notifier : si des données personnelles sont concernées, notification CNIL obligatoire dans les 72 heures (formulaire en ligne).
- Plainte : dépôt de plainte au commissariat ou en ligne sur pre-plainte-en-ligne.gouv.fr.
- Communiquer : informer les patients si leurs données ont pu être exposées. La transparence est exigée par le RGPD et préserve la relation de confiance.
Et au-delà ?
Pour aller plus loin, les officines volontaires peuvent :
- Engager un audit cybersécurité (prestataire spécialisé, environ 1 500-3 000 € pour une officine moyenne)
- Souscrire une assurance cyber-risque (devis variable selon CA et équipement)
- Former un référent cybersécurité dans l'équipe
- Adhérer aux dispositifs d'accompagnement de l'ANS (Agence du Numérique en Santé), guides, autodiagnostics, programmes type "Hôpital numérique ouvert sur la ville"
À retenir
- L'attaque Almerys rappelle que l'officine est dans la chaîne cible.
- 5 mesures de base : authentification forte, sauvegardes 3-2-1, sensibilisation phishing, mises à jour, procédure d'incident écrite.
- En cas d'incident : isoler, alerter, notifier CNIL sous 72 h, déposer plainte.
- Le bon réflexe : préparer maintenant ce qu'on ne saura pas faire dans l'urgence.
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Cartes CPS, CPE et Vitale : un certificat défaillant a perturbé le tiers payant en officine
Jeudi 24 septembre 2026, aux alentours de 10 heures, plusieurs officines ont rencontré des difficultés pour utiliser les cartes CPS, CPE et Vitale, au point d'empêcher la réalisation du tiers payant dans les conditions habituelles. L'alerte a été lancée par l'USPO à la mi-journée. Selon le syndicat, l'incident est lié à une mise à jour de certificats concernant les connecteurs de lecteurs de cartes, intervenue au niveau de l'Agence du Numérique en Santé (ANS), sans que l'ensemble des éditeurs de logiciels ait pu en anticiper les conséquences. À ce stade, l'USPO indiquait que les environnements Winpharma et Pharmaland semblaient notamment concernés, d'autres pouvant l'être également. En fin d'après-midi, l'USPO a fait état d'une résolution partielle et confirmé la nature du problème : une mise à jour défaillante du certificat des connecteurs de lecteurs de cartes. Pour les officines encore touchées, la consigne est de contacter immédiatement leur LGO afin d'identifier les manipulations à réaliser. Le syndicat met par ailleurs en garde les éditeurs de logiciels : le problème pourrait survenir chez d'autres, et il les invite à se rapprocher de l'ANS avant toute mise à jour de leur certificat.
Tiers payant : extension aux hybrides et biosimilaires au 1er septembre 2026
À compter du 1er septembre 2026, le dispositif tiers payant contre génériques est étendu aux médicaments hybrides et aux médicaments biosimilaires substituables. Le mécanisme est le même que pour les génériques : le pharmacien accorde le tiers payant uniquement si le patient accepte la substitution, ou si le prescripteur a apposé une mention non substituable justifiée sur l'ordonnance. En cas de refus de substitution, le patient avance l'intégralité du prix du médicament et son remboursement peut être minoré, calculé sur la base du médicament hybride ou biosimilaire le plus cher du groupe. Deux exceptions maintiennent le tiers payant sans substitution : la mention non substituable médicalement justifiée du prescripteur, et le cas où le médicament d'origine coûte moins cher que le substitut. Pour les hybrides, deux motifs de non-substitution sont autorisés : la contre-indication formelle à un excipient (NS CIF) et la forme galénique inadaptée à un enfant de moins de 6 ans (NS EFG). Pour les biosimilaires, aucun formalisme particulier n'est imposé : le prescripteur motive librement la mention. Au 1er septembre 2026, 31 groupes hybrides et 11 molécules biosimilaires sont substituables en officine. Le texte fondateur est l'article L.162-16-7 du Code de la sécurité sociale, modifié par la LFSS 2026.