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Violences sexistes : le pharmacien a désormais l'obligation d'agir

Le décret du 3 mars 2026 modifie le code de déontologie des pharmaciens : lorsqu'il présume qu'une personne est victime de violences, le pharmacien a désormais l'obligation d'agir par tout moyen. Convention Miprof signée le 2 juillet 2026, charte des 7 Ordres de santé. Signalement, consentement, immunité disciplinaire : ce que le pharmacien d'officine doit savoir.

L
La Rédaction· Équipe éditoriale
Rédaction
En bref

Le décret n° 2026-156 du 3 mars 2026 modifie le code de déontologie des pharmaciens et inscrit dans l'article R4235-6 du Code de la santé publique une obligation d'agir : lorsque le pharmacien présume qu'une personne est victime de violences, de sévices, de privations ou de mauvais traitements, il doit mettre en œuvre tout moyen pour protéger la victime. Le pharmacien peut signaler au procureur de la République ou à la cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) pour les mineurs, dans les conditions prévues par l'article 226-14 du Code pénal. Le consentement de la victime est requis avant tout signalement, sauf pour les mineurs et les personnes incapables de se protéger. En cas de violences conjugales (article 132-80 du Code pénal), le pharmacien doit s'efforcer d'obtenir le consentement de l'adulte et, à défaut, l'informer du signalement effectué. Les signalements de bonne foi bénéficient d'une immunité disciplinaire. Le 2 juillet 2026, la Miprof (Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences) et l'Ordre national des pharmaciens ont signé une convention renforçant la coopération en matière de prévention et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Le même jour, les 7 Ordres de santé ont signé une charte d'engagement avec l'État portant sur 8 axes : prévention, traitement des signalements, accompagnement des victimes, formation, réponse disciplinaire.

Le décret du 3 mars 2026 change la donne : le pharmacien qui présume qu'une personne est victime de violences a désormais l'obligation d'agir. Ce n'est plus une possibilité, c'est une obligation déontologique. La convention signée le 2 juillet 2026 entre la Miprof et l'Ordre des pharmaciens fournit les outils pour la mettre en pratique.

Ce qui a changé : le décret du 3 mars 2026

L'article R4235-6 du Code de la santé publique

Le décret n° 2026-156 du 3 mars 2026, en vigueur depuis le 6 mars, a réécrit l'article R4235-6 du Code de la santé publique. C'est la première refonte complète du code de déontologie des pharmaciens depuis son intégration au CSP en 1995.

AvantAprès (6 mars 2026)
Pas de mention explicite des violences dans le code de déontologieObligation d'agir lorsque le pharmacien présume qu'une personne est victime de violences
Pas de cadre pour le signalementCadre juridique précis : procureur, CRIP, article 226-14 du Code pénal
Pas de protection disciplinaireImmunité disciplinaire pour les signalements de bonne foi

Le texte exact

Lorsque le pharmacien présume qu'une personne auprès de laquelle il intervient est victime de violences, de sévices, de privations ou de mauvais traitements, il est dans l'obligation d'agir par tout moyen, en choisissant en conscience les moyens qu'il met en œuvre pour protéger la victime.

La procédure de signalement

À qui signaler

DestinataireCasBase légale
Procureur de la RépubliqueToute victime (adulte ou mineur)Article 226-14 du Code pénal
CRIP (cellule de recueil des informations préoccupantes)Mineur en danger ou en risqueArticle 226-14, 2° et 3° du Code pénal

Les règles de consentement

SituationConsentementDétail
Victime adulte (hors violences conjugales)Requis avant le signalementLe pharmacien doit obtenir l'accord de la personne
MineurNon requisLe pharmacien peut signaler sans l'accord de l'enfant
Personne incapable de se protéger (âge, incapacité physique ou psychique)Non requisMême régime que les mineurs
Violences conjugales (art. 132-80 du Code pénal)Le pharmacien doit s'efforcer de l'obtenirS'il ne l'obtient pas, il doit informer la victime du signalement

L'immunité disciplinaire

PointDétail
PrincipeLes signalements de bonne foi ne peuvent pas donner lieu à des poursuites disciplinaires
ConditionLe pharmacien doit avoir agi de bonne foi
Base légaleArticle 226-14 du Code pénal
PortéeProtection contre les plaintes ordinales

Le pharmacien qui signale est protégé. Le pharmacien qui ne signale pas peut être poursuivi pour manquement déontologique.

La convention Miprof du 2 juillet 2026

Le 2 juillet 2026, la Miprof (Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences) et l'Ordre national des pharmaciens ont signé une convention renforçant leur coopération.

EngagementDétail
FormationModules de formation pour les pharmaciens
Guides pratiquesOutils de repérage et d'orientation
PréventionActions de sensibilisation en officine
AccompagnementSoutien aux victimes orientées par les pharmaciens

La charte des 7 Ordres de santé

Le même jour, les 7 Ordres de santé (pharmaciens, médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues) ont signé avec l'État une charte d'engagement portant sur 8 axes.

AxeContenu
1. PréventionSensibiliser les professionnels et le public
2. SignalementsAméliorer le traitement des signalements reçus par les Ordres
3. VictimesAccompagner les victimes (patients et professionnels)
4. VigilanceDévelopper une culture partagée de vigilance
5. DisciplineAssurer une réponse disciplinaire adaptée quand les faits sont établis
6. FormationFormer les professionnels au repérage et à l'orientation
7. OutilsLa DGOS et la Miprof fournissent les supports
8. ÉvaluationSuivi des engagements dans le temps

Les pharmaciens aussi sont concernés comme victimes

L'Ordre des pharmaciens a lancé une enquête nationale sur les violences sexistes et sexuelles subies par les pharmaciens et les docteurs juniors en pharmacie dans le cadre professionnel.

DonnéeChiffre
Agressions déclarées en 2025468 (rapport ONP)
Loi sécurité professionnels de santéPromulguée en 2026
Plainte ordinaleL'Ordre peut porter plainte au nom du pharmacien agressé

Le pharmacien est à la fois acteur du repérage et potentiellement victime. La charte couvre les deux dimensions.

Au comptoir : les situations concrètes

SituationCe que le pharmacien doit faire
Patiente avec des marques visiblesEngager la conversation en privé. Proposer de l'aide. Si elle consent : orienter vers le 3919 ou signaler au procureur
Patiente qui achète régulièrement des antalgiquesRester vigilant sur les schémas inhabituels de consommation. Questionner avec tact
Enfant qui présente des signes de maltraitancePas besoin de consentement parental. Signaler directement à la CRIP ou au procureur
Personne âgée dépendante accompagnée d'un proche agressifPersonne incapable de se protéger : signalement possible sans consentement
Collègue victime de harcèlementOrienter vers l'Ordre des pharmaciens qui peut accompagner la démarche

Les outils disponibles

OutilAccès
3919Numéro national violences femmes info (24h/24, 7j/7)
114Numéro d'urgence par SMS pour les personnes qui ne peuvent pas appeler
Livret pédagogique MiprofDisponible sur arretonslesviolences.gouv.fr
Signalement en lignesignalement.social-sante.gouv.fr
Outil d'aide au signalement ONPDisponible sur ordre.pharmacien.fr

Ce que le pharmacien doit faire dès maintenant

ActionDétail
1. Connaître ses obligationsL'article R4235-6 impose d'agir, pas seulement de compatir
2. Se formerLes modules Miprof sont accessibles en ligne
3. AfficherLe 3919 et les numéros d'aide doivent être visibles en officine
4. AménagerUn espace de confidentialité pour les échanges sensibles
5. DocumenterTout signalement doit être tracé (date, faits observés, démarches)
6. Informer l'équipePréparer l'ensemble de l'équipe officinale au repérage

À retenir

  • Décret du 3 mars 2026 : le pharmacien a l'obligation d'agir quand il présume qu'une personne est victime de violences.
  • Signalement : au procureur de la République ou à la CRIP pour les mineurs.
  • Consentement requis sauf pour les mineurs et les personnes incapables de se protéger.
  • Violences conjugales : s'efforcer d'obtenir le consentement, informer la victime du signalement à défaut.
  • Immunité disciplinaire pour les signalements de bonne foi.
  • Convention Miprof × Ordre signée le 2 juillet 2026 : formation, outils, accompagnement.
  • Charte des 7 Ordres : 8 engagements avec l'État contre les violences sexistes et sexuelles.

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