Pharmacien agressé : l'Ordre et les URPS peuvent désormais porter plainte à votre place
Le décret n° 2026-641 du 20 juillet 2026, publié au Journal officiel le 21 juillet, permet aux ordres professionnels et aux URPS de déposer plainte au nom d'un professionnel de santé victime de violences. Consentement écrit obligatoire. Ce que ça change pour le pharmacien d'officine.
Le décret n° 2026-641 du 20 juillet 2026, publié au Journal officiel le 21 juillet, fixe les modalités d'application de l'article 5 de la loi n° 2025-623 du 9 juillet 2025 visant à renforcer la sécurité des professionnels de santé. Le texte permet aux ordres professionnels (dont l'Ordre national des pharmaciens) et aux unions régionales de professionnels de santé (URPS) de déposer plainte au nom d'un professionnel de santé victime de violences dans le cadre de son exercice. Le dispositif repose sur un mandat écrit : le pharmacien victime donne son consentement par écrit, accompagné des pièces justificatives, et l'instance professionnelle se charge du dépôt de plainte. Le professionnel conserve la possibilité de mettre fin au mandat à tout moment et doit être tenu informé de la procédure. Ce décret répond à un constat : de nombreux professionnels de santé renoncent à porter plainte après une agression, par manque de temps, par méconnaissance des démarches ou par crainte. La FSPF a relayé l'information le 23 juillet en invitant les pharmaciens d'officine à se saisir du dispositif.
Le décret n° 2026-641 du 20 juillet 2026, publié au Journal officiel le 21 juillet, permet aux ordres professionnels et aux URPS de déposer plainte au nom d'un pharmacien victime de violences. Le pharmacien n'a plus besoin de faire la démarche seul.
Ce que dit le décret
Le principe
Un professionnel de santé victime de violences dans le cadre de son exercice peut mandater son ordre professionnel ou son URPS pour déposer plainte en son nom.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Texte | Décret n° 2026-641 du 20 juillet 2026 |
| Loi de référence | Loi n° 2025-623 du 9 juillet 2025 (sécurité des professionnels de santé) |
| Publication | JORF n°0168 du 21 juillet 2026 |
| Entrée en vigueur | Immédiate |
Le dispositif en pratique
| Étape | Détail |
|---|---|
| 1. L'agression | Le pharmacien est victime de violences, menaces ou toute autre infraction dans le cadre de son exercice |
| 2. Le mandat | Le pharmacien donne son consentement écrit à l'Ordre ou à l'URPS, accompagné des pièces justificatives |
| 3. Le dépôt de plainte | L'instance professionnelle dépose plainte au nom du pharmacien |
| 4. Le suivi | Le pharmacien est tenu informé de la procédure |
| 5. La révocation | Le pharmacien peut mettre fin au mandat à tout moment |
Qui peut déposer plainte pour le pharmacien
| Instance | Rôle |
|---|---|
| Ordre national des pharmaciens | Peut déposer plainte au nom du pharmacien mandant |
| URPS Pharmaciens | Peut déposer plainte au nom du pharmacien mandant |
Pourquoi ce décret
Le constat
De nombreux professionnels de santé renoncent à porter plainte après une agression. Les raisons :
- Manque de temps : entre la gestion de l'officine et les démarches administratives, le pharmacien repousse la plainte
- Méconnaissance : les démarches judiciaires sont perçues comme complexes
- Crainte : peur de représailles, sentiment d'isolement
- Résignation : banalisation des incivilités au comptoir
Les violences en officine
Les pharmaciens d'officine font face à une recrudescence des agressions :
- Agressions verbales et menaces lors de refus de délivrance (ordonnances suspectes, stupéfiants)
- Violences physiques lors de tentatives de vol (médicaments, caisse)
- Incivilités liées aux délais d'attente, aux ruptures de stock, aux refus de complaisance
Ce que le pharmacien doit faire
En cas d'agression
| Action | Détail |
|---|---|
| Appeler le 17 | En cas de danger immédiat |
| Faire constater les blessures | Certificat médical (même pour un choc psychologique) |
| Documenter | Photos, témoignages, vidéosurveillance si disponible |
| Contacter l'Ordre ou l'URPS | Pour mandater le dépôt de plainte |
Pour mandater l'Ordre ou l'URPS
| Condition | Détail |
|---|---|
| Consentement écrit | Le pharmacien signe un mandat autorisant le dépôt de plainte |
| Pièces justificatives | Certificat médical, témoignages, preuves matérielles |
| Révocable | Le pharmacien peut retirer son mandat à tout moment |
| Information | Le pharmacien est tenu informé de l'avancement de la procédure |
Les avantages du dispositif
- Décharge administrative : l'instance professionnelle gère la procédure
- Accompagnement juridique : l'Ordre et les URPS disposent de services juridiques
- Signal collectif : chaque plainte déposée contribue à documenter le phénomène et à renforcer la réponse judiciaire
À retenir
- Décret n° 2026-641 du 20/07/2026 (JO du 21/07) : les ordres et URPS peuvent déposer plainte au nom du pharmacien agressé.
- Consentement écrit obligatoire : mandat + pièces justificatives.
- Révocable à tout moment, pharmacien informé de la procédure.
- Pourquoi : trop de pharmaciens renoncent à porter plainte après une agression.
- Au comptoir : documenter toute agression (photos, certificat médical, vidéosurveillance), contacter l'Ordre ou l'URPS pour mandater le dépôt de plainte.
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Le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (CNOP) a publié le 4 juin 2026 son bilan annuel 2025 sur les agressions. 468 agressions ont été portées à la connaissance de l'Ordre (458 via son site, 10 via la plateforme ONVS), soit une baisse de 12,6 % par rapport à 2024 (536 déclarations). 451 concernent des pharmaciens d'officine. Les atteintes aux personnes représentent 70,6 % des cas en officine et les violences verbales 72,6 % de l'ensemble des atteintes. 16,8 % seulement des pharmaciens victimes d'atteintes aux personnes ont déposé plainte. 122 référents sécurité ordinaux ont pris contact avec 413 pharmaciens. Le CNOP a souhaité se constituer partie civile dans 27 affaires en 2025 ; 12 ont été jugées, avec reconnaissance du CNOP comme partie civile dans 11 d'entre elles.
Pression artérielle en officine : la loi autorise officiellement le pharmacien à la mesurer
La loi n° 2026-668 du 27 juillet 2026, publiée au Journal officiel du 28 juillet (JORFTEXT000054496977), autorise officiellement le pharmacien d'officine à mesurer la pression artérielle des patients dans une démarche de prévention des risques cardio-neuro-vasculaires. L'article L. 5125-1-1 A du Code de la santé publique est complété en ce sens. L'article L. 4161-1 du CSP est également modifié pour exclure cette mesure du monopole médical : le pharmacien qui mesure la PA ne commet pas d'exercice illégal de la médecine. En revanche, les étudiants en pharmacie ne sont pas autorisés à réaliser cette mesure (art. L. 4161-5 du CSP), sous peine de poursuites pour exercice illégal (2 ans d'emprisonnement, 30 000 euros d'amende). La loi instaure par ailleurs une stratégie nationale pluriannuelle de prévention, dépistage et prise en charge des maladies cardio-neuro-vasculaires, avec un rapport d'évaluation dans 3 ans. Les modalités pratiques (rémunération, conditions, facturation) restent à définir par les textes d'application.
Rendez-vous de prévention : le pharmacien peut les réaliser et facturer 30 €
L'arrêté du 28 juillet 2026, publié au Journal officiel du 2 août (JORFTEXT000054596416), confirme le pharmacien d'officine comme effecteur des rendez-vous de prévention. Le pharmacien peut réaliser un entretien de prévention et le facturer sous le code RDP au tarif de 30 euros en métropole (31,50 euros en outre-mer), sans dépassement d'honoraire. Quatre tranches d'âge sont éligibles : 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans. L'entretien donne lieu à un plan personnalisé de prévention remis au patient, qui peut être versé au dossier médical partagé et transmis au médecin traitant par messagerie sécurisée. Le pharmacien peut compléter l'entretien par un acte unique : vaccination ou remise d'un kit de dépistage du cancer colorectal. Chaque individu ne peut bénéficier que d'un seul entretien par tranche d'âge. L'arrêté abroge celui du 28 mai 2024 et entre en vigueur le premier jour du deuxième mois suivant sa publication, soit le 1er octobre 2026. Les autres effecteurs sont les médecins, sages-femmes, infirmiers et masseurs-kinésithérapeutes.