Leclerc veut vendre des médicaments sans ordonnance : ce que dit la loi, ce que valent les chiffres, ce qui s'est passé en Italie
Avec sa campagne « Ça va passer », E.Leclerc réclame à nouveau le droit de vendre des médicaments sans ordonnance dans ses parapharmacies. Le chiffre de « 6 Français sur 10 » décortiqué à partir de l'étude d'origine, ce que dit le Code de la santé publique, l'effet réel sur les prix en Italie et au Portugal selon l'Autorité de la concurrence, et la contre-proposition des pharmaciens : 33 molécules sans ordonnance, en officine.
E.Leclerc diffuse depuis octobre 2026 la campagne « Ça va passer », conçue par BETC et BETC Fullsix, qui dénonce l'interdiction faite à ses parapharmacies de vendre des médicaments sans ordonnance « à prix E.Leclerc ». Son chiffre d'appel, « 6 Français sur 10 ont déjà renoncé à acheter des médicaments sans ordonnance faute de moyens », vient d'une étude Ifop pour Biogaran d'avril 2023 menée auprès de 2 005 personnes. La question posée était : « Vous est-il déjà arrivé de renoncer à l'achat d'un médicament non remboursé en raison de son prix ? » ; 61 % ont répondu oui, dont 19 % « souvent » et 42 % « parfois ». Le « souvent » monte à 35 % chez les personnes vivant avec moins de 900 euros par mois. En France, l'article L. 4211-1 du code de la santé publique réserve aux pharmaciens la vente au détail de tous les médicaments, avec ou sans ordonnance. En 2019, l'Autorité de la concurrence avait proposé d'autoriser la vente des médicaments à prescription médicale facultative hors officine, sous la responsabilité d'un pharmacien inscrit à l'Ordre, dans un espace dédié avec une caisse séparée, sur le modèle de l'Italie (2006) et du Portugal (2005). Selon les études qu'elle cite, les prix y sont environ 10 % plus bas en grande surface qu'en pharmacie en Italie et 13 % au Portugal ; mais une étude de l'agence italienne du médicament, citée par l'Ordre des pharmaciens, relevait une hausse de 9,7 % des dépenses des patients entre 2006 et 2013, et une étude présentée à l'OCDE n'avait pas pu confirmer de baisse des prix après libéralisation. Cette proposition n'a pas été reprise. Le 23 septembre 2026, la FSPF, l'USPO et NèreS ont proposé 33 molécules à rendre accessibles sans ordonnance, en pharmacie et sous conseil pharmaceutique.
E.Leclerc relance l'un de ses plus vieux combats. Sa campagne « Ça va passer », diffusée depuis octobre, réclame le droit de vendre des médicaments sans ordonnance dans les parapharmacies de l'enseigne. Au comptoir, les questions arrivent : est-ce légal, le chiffre de la publicité est-il juste, les prix baisseraient-ils vraiment ? Les réponses, texte par texte.
La campagne
| Point | Selon la présentation de la campagne |
|---|---|
| Nom | « Ça va passer » |
| Agence | BETC et BETC Fullsix |
| Diffusion | Télévision, vidéo en ligne, presse, digital, depuis octobre 2026 |
| Scénario | Rhume, allergie, courbatures : des petits maux qu'on laisse passer faute de moyens |
| Revendication | Lever l'interdiction qui empêche les parapharmacies E.Leclerc de vendre des médicaments sans ordonnance « à prix E.Leclerc » |
| Chiffre d'appel | « 6 Français sur 10 ont déjà renoncé à acheter des médicaments sans ordonnance faute de moyens » |
Le chiffre de « 6 Français sur 10 », décortiqué
La campagne indique en note que le chiffre vient d'une étude Ifop pour Biogaran d'avril 2023. Ce que dit l'étude d'origine :
| Point | Selon l'étude Ifop |
|---|---|
| Échantillon | 2 005 personnes de 18 ans et plus, questionnaire en ligne du 5 au 11 avril 2023 |
| Question posée | « Vous est-il déjà arrivé de renoncer à l'achat d'un médicament non remboursé en raison de son prix ? » |
| Oui, souvent | 19 % |
| Oui, parfois | 42 % |
| Jamais | 39 % |
| En 2009 | 36 %, selon une étude Ipsos réalisée pour Leclerc |
| « Souvent » chez les moins de 900 € par mois | 35 % |
Les 61 % additionnent donc le « souvent » et le « parfois », sur une question qui porte sur au moins un renoncement, à cause du prix. Le chiffre a trois ans et demi. Il traduit tout de même une réalité nette chez les plus modestes : plus d'un tiers des plus pauvres renoncent souvent.
Ce que dit la loi
L'article L. 4211-1 du code de la santé publique réserve aux pharmaciens, sauf dérogations prévues par le code :
- la vente au détail, y compris par internet, et toute dispensation au public des médicaments ;
- la vente de certaines plantes médicinales et huiles essentielles ;
- la vente au détail des autotests destinés au public, sauf les tests de grossesse et d'ovulation, sortis du monopole.
Le monopole ne distingue pas les médicaments avec ou sans ordonnance : tous relèvent de la pharmacie. Pour qu'une parapharmacie de grande surface puisse en vendre, il faudrait modifier la loi.
La piste de 2019 : une ouverture encadrée
Dans son avis du 4 avril 2019, l'Autorité de la concurrence avait proposé un assouplissement ciblé du monopole :
| Point | Selon l'avis 19-A-08 |
|---|---|
| Produits concernés | Médicaments à prescription médicale facultative, autotests, plantes médicinales inscrites à la pharmacopée, huiles essentielles |
| Exclus | Les médicaments à prescription médicale obligatoire ; le monopole du pharmacien sur la dispensation est maintenu |
| Garanties | Point de vente sous la responsabilité d'un pharmacien diplômé inscrit à l'Ordre, espace dédié, caisse séparée |
| Modèles | Italie (2006) et Portugal (2005) |
Cette proposition n'a pas été reprise dans la loi.
Les prix baisseraient-ils vraiment ?
C'est le cœur de l'argument de Leclerc. L'Autorité de la concurrence a rassemblé les données des deux camps.
| Pour une baisse | Contre une baisse automatique |
|---|---|
| Italie : selon une association de consommateurs (2016), les prix de 24 médicaments sans ordonnance sont en moyenne 10 % moins élevés en grande surface qu'en pharmacie ; de 2006 à 2016, ils ont baissé de 1 % en hypermarché et augmenté de 10,9 % en officine, pour une inflation d'environ 16 % | Italie : selon une étude de l'agence italienne du médicament citée par l'Ordre des pharmaciens, les dépenses des patients pour l'automédication ont augmenté de 9,7 % entre 2006 et 2013, alors que la consommation baissait de 7,4 %, les fabricants ayant relevé leurs prix |
| Portugal : selon une étude de 2016, les hypermarchés sont 13 % moins chers que les officines, qui gardent pourtant près de 80 % du marché | Étude présentée à l'OCDE (2014) : les études existantes n'ont pas pu confirmer une baisse des prix après libéralisation |
| France : la grande distribution dit pouvoir vendre 10 à 15 % moins cher | France : selon l'Autorité, les prix des médicaments sans ordonnance y seraient en moyenne plus bas que dans six autres pays européens, même si les marges restent élevées |
Pour l'Autorité, l'effet de la concurrence en Italie et au Portugal atteint ou dépasse 10 % ; les autres données qu'elle cite ne vont pas toutes dans ce sens.
La contre-proposition des pharmaciens : 33 molécules, en officine
Le 23 septembre 2026, la FSPF, l'USPO et NèreS ont pris le problème par l'autre bout : élargir l'accès sans ordonnance, mais en pharmacie.
| Point | Selon le communiqué |
|---|---|
| Proposition | Une première liste de 33 molécules à rendre accessibles sans ordonnance, sous conseil pharmaceutique, déjà disponibles chez des voisins européens |
| Domaines | Dermatologie, douleurs articulaires et traumatologie sportive, troubles digestifs, mycoses, rhinites allergiques, insomnies occasionnelles, nausées, douleurs dentaires dans l'attente d'une consultation |
| Cadre | Critères précis de dispensation, orientation vers un médecin si nécessaire |
| Destinataire | L'ANSM |
Le communiqué rappelle que 2 246 officines sont implantées en désert médical.
Au comptoir
- Rien ne change : tous les médicaments, avec ou sans ordonnance, restent réservés aux pharmacies (article L. 4211-1).
- Patient qui évoque la campagne : en officine, le prix des médicaments de médication officinale est librement fixé par le pharmacien (Autorité de la concurrence).
- Le débat de fond porte sur l'accès sans ordonnance : la profession défend le délistage de nouvelles molécules en officine, Leclerc la vente hors officine.
À retenir
- « Ça va passer » : nouvelle campagne E.Leclerc pour vendre des médicaments sans ordonnance en parapharmacie.
- « 6 sur 10 » : 61 % ont déjà renoncé au moins une fois à cause du prix (Ifop, avril 2023), dont 19 % souvent.
- Loi : tous les médicaments, avec ou sans ordonnance, sont réservés aux pharmacies.
- Prix : environ 10 à 13 % moins chers en grande surface en Italie et au Portugal, mais des études contradictoires sur la dépense des patients.
- Pharmaciens : 33 molécules à rendre accessibles sans ordonnance, en officine.
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Salaires en officine au 1er juin 2026 : la FSPF actualise sa grille (circulaire 2026-27) après revalorisation SMIC et accord paritaire étendu
L'accord collectif national du 19 janvier 2026 de la pharmacie d'officine revalorise le point conventionnel de salaire de 1,20 % : selon l'USPO, sa valeur passe de 5,215 € à 5,278 €. Selon la FSPF (circulaire 2026-17 du 17 avril 2026), un arrêté ministériel d'extension a été publié au Journal officiel du 17 avril : la nouvelle grille s'applique à toutes les officines, syndiquées ou non, à compter du 17 avril 2026 inclus, sans effet rétroactif, avec un coefficient 100 à 1 824 €. La FSPF a ensuite publié le 1er juin 2026 sa circulaire 2026-27 : le SMIC étant revalorisé de 2,41 % au 1er juin 2026, elle diffuse la grille actualisée des salaires applicables en officine à compter de cette date, ainsi que le tableau des rémunérations des jeunes préparant le DEUST de préparateur/technicien en pharmacie. La rémunération des étudiants employés en CDD (aides en officine, remplacements de pharmaciens) est inchangée. La FSPF annonçait une réunion de la CPPNI le 6 juillet 2026 sur la revalorisation des salaires. Les grilles détaillées sont réservées aux adhérents des syndicats.