PharmactuPharmactu
Officine·6 min de lecture

PLFSS 2027 : les 20 propositions de l'USPO pour économiser sans rogner l'officine

Dans une lettre ouverte à la ministre de la Santé, l'USPO présente 20 propositions d'efficience pour le PLFSS 2027 : pertinence des prescriptions de médicaments onéreux, substitution biosimilaire, adaptation des conditionnements, DMP, pharmacien correspondant. L'objectif du syndicat : traquer le gaspillage plutôt que baisser les rémunérations officinales.

L
La Rédaction· Équipe éditoriale
Rédaction
En bref

L'USPO a publié le 1er septembre 2026 une lettre ouverte de son président Pierre-Olivier Variot, adressée à la ministre de la Santé et au directeur de la Sécurité sociale. Le syndicat y expose la logique de ses 20 propositions pour le PLFSS 2027, dont le corpus détaillé n'est communiqué qu'à la presse sur demande. Le fil conducteur : avant de réduire les rémunérations des professionnels de proximité, il faut traquer la non-pertinence, le gaspillage et les stratégies de contournement. La lettre développe sept axes. Premier levier, la pertinence des prescriptions de médicaments onéreux : les médicaments de plus de 150 euros HT représentent moins de 1 % des volumes mais près de la moitié de la dépense avant remises conventionnelles, et l'USPO estime qu'une amélioration de seulement 1 % de la pertinence sur ce périmètre représenterait environ 264 millions d'euros d'économies annuelles. Autres axes : conditionner le remboursement au prix fort des médicaments sans progrès thérapeutique (ASMR V) quand une alternative moins chère existe, porter la substitution générique et biosimilaire à une cible de 90 % (près de 37 millions d'euros d'économies annuelles sur le champ étudié), adapter les conditionnements à la durée de traitement, automatiser l'alimentation du DMP, mieux organiser la sortie d'hôpital avec le pharmacien correspondant notamment pour les patients en ALD, et automatiser la récupération des recours contre tiers. L'USPO demande en contrepartie qu'une part des gains d'efficience soit réinvestie dans le réseau officinal.

L'USPO a publié le 1er septembre 2026 une lettre ouverte de son président Pierre-Olivier Variot, adressée à la ministre de la Santé et au directeur de la Sécurité sociale. Le syndicat y défend une ligne : pour le PLFSS 2027, chercher les économies dans le gaspillage et la non-pertinence, pas dans une baisse des rémunérations officinales.

Le message de fond

L'USPO rappelle que les pharmaciens sont « des producteurs d'économies notables » (générique, substitution, biosimilaires, prévention de la iatrogénie, observance) et refuse « une logique dans laquelle l'efficience serait synonyme de baisse uniforme des rémunérations ». Le syndicat propose donc de traquer d'abord « la non-pertinence, le gaspillage, les stratégies de contournement et les défauts d'organisation ».

Le corpus détaillé des 20 propositions n'est pas rendu public : l'USPO le tient à la disposition de la presse sur demande. La lettre en développe la logique à travers sept axes.

Axe 1 — La pertinence des prescriptions de médicaments onéreux

C'est le levier chiffré le plus fort de la lettre.

Indicateur (source USPO)Donnée
SeuilMédicaments de plus de 150 € HT
Part des volumesMoins de 1 %
Part de la dépensePrès de la moitié, avant remises conventionnelles
Économies estimées pour +1 % de pertinenceEnviron 264 millions d'euros par an

À lire précisément : les 264 M€ ne sont pas le total des 20 propositions, mais l'estimation par l'USPO du gain qu'apporterait une amélioration de seulement 1 % de la pertinence sur le seul périmètre des médicaments onéreux. Le syndicat propose une « prescription renforcée » reposant sur des critères de prise en charge définis à partir des recommandations de la HAS, sans limiter la liberté de prescription du médecin.

Axe 2 — Ne plus financer au prix fort ce qui n'apporte pas de progrès

L'USPO vise les spécialités classées ASMR V (pas d'amélioration du service médical rendu) lorsqu'il existe une alternative générique, biosimilaire, hybride ou thérapeutique significativement moins coûteuse. Dans ce cas, le remboursement au prix supérieur serait conditionné à une justification médicale.

L'objectif affiché : éviter que l'arrivée d'un générique ou d'un biosimilaire soit contournée par le détournement des prescriptions vers une nouvelle présentation ou une spécialité plus coûteuse sans bénéfice clinique.

Axe 3 — Générique et biosimilaire : cap sur 90 % de substitution

Indicateur (source USPO)Donnée
Cible de substitution90 % (sur le champ étudié, après exclusion des situations justifiant une moindre substitution)
Économies annuelles estiméesPrès de 37 millions d'euros

Les mesures proposées :

  • Rendre la DCI réellement prioritaire dans les logiciels de prescription ;
  • Supprimer les fonctionnalités informatiques qui entravent artificiellement la substitution ;
  • Mieux encadrer les motifs de non-substitution.

Pour les biosimilaires, l'USPO alerte : leur développement nécessite « une concurrence durable et un différentiel économique suffisamment incitatif », un alignement trop rapide du prix du médicament de référence détruisant l'incitation avant que le marché biosimilaire ne soit efficient.

Axe 4 — Réduire le gaspillage plutôt que rationner

L'USPO propose d'adapter les conditionnements à la durée de traitement recommandée par les autorités, pour éviter que l'Assurance maladie finance des médicaments qui ne seront jamais utilisés. Le syndicat présente cette voie comme plus simple et moins coûteuse qu'une généralisation de la dispensation à l'unité.

Axe 5 — Utiliser les outils numériques déjà financés

L'USPO demande que l'alimentation du DMP devienne automatique et systématique pour tout acte ou produit pris en charge : prescription, dispensation, biologie, imagerie, hospitalisation, soins infirmiers. La lettre rappelle que la consommation de soins et de biens médicaux (CSBM) représentait 249 milliards d'euros en 2023, et qu'une réduction même marginale des examens redondants ou des défauts de coordination représenterait un potentiel important.

Axe 6 — Mieux organiser la sortie d'hôpital

L'USPO propose que les professionnels de proximité, pharmacien et infirmier, soient identifiés dès l'hospitalisation et associés à la préparation de la sortie. Le syndicat demande d'accélérer le déploiement du pharmacien correspondant, notamment pour les patients en ALD, afin de libérer du temps médical et d'améliorer le suivi des traitements.

Axe 7 — Récupérer les recours contre tiers

Lorsqu'un accident relève de la responsabilité d'un tiers assuré, l'Assurance maladie avance les frais mais doit pouvoir les récupérer. L'USPO estime que ces situations ne sont pas toutes détectées et propose d'automatiser leur identification et le croisement des informations entre l'Assurance maladie et les assureurs.

La contrepartie demandée

L'USPO pose une condition à son engagement : les économies générées grâce au réseau officinal « ne peuvent être systématiquement suivies de nouvelles baisses de ressources ». Le syndicat demande qu'une part des gains d'efficience soit réinvestie dans les missions et le réseau, selon une logique de partage de la valeur et d'intéressement aux économies produites.

Ce que ça peut changer pour l'officine

PropositionImpact potentiel au comptoir
Pertinence médicaments onéreuxOutils d'aide à la prescription intégrant les critères HAS
Substitution 90 %Pression renforcée sur la substitution, en lien avec le tiers payant conditionné depuis le 1er septembre 2026
ConditionnementsMoins de boîtes entamées non utilisées
DMP automatiqueMeilleure visibilité sur l'historique patient
Pharmacien correspondantDéploiement accéléré, priorité aux patients en ALD

À ce stade, il s'agit de propositions syndicales adressées au gouvernement, pas de mesures adoptées.

À retenir

  • L'USPO publie le 1er septembre 2026 une lettre ouverte portant 20 propositions pour le PLFSS 2027 (corpus détaillé sur demande à la presse).
  • Ligne directrice : économiser sur le gaspillage et la non-pertinence, pas sur les rémunérations officinales.
  • Les 264 M€ correspondent à un gain de 1 % de pertinence sur les médicaments à plus de 150 € HT, pas au total des propositions.
  • Cible 90 % de substitution générique et biosimilaire : près de 37 M€ d'économies estimées.
  • Autres axes : ASMR V, conditionnements, DMP automatique, pharmacien correspondant pour les ALD, recours contre tiers.
  • L'USPO demande qu'une part des gains soit réinvestie dans le réseau officinal.

À lire aussi sur Pharmactu :

À lire aussi

Pharmacien montrant une boîte de médicament à un patient au comptoir, ambiance sobre
Officine·7 min

Tiers payant : extension aux hybrides et biosimilaires au 1er septembre 2026

À compter du 1er septembre 2026, le dispositif tiers payant contre génériques est étendu aux médicaments hybrides et aux médicaments biosimilaires substituables. Le mécanisme est le même que pour les génériques : le pharmacien accorde le tiers payant uniquement si le patient accepte la substitution, ou si le prescripteur a apposé une mention non substituable justifiée sur l'ordonnance. En cas de refus de substitution, le patient avance l'intégralité du prix du médicament et son remboursement peut être minoré, calculé sur la base du médicament hybride ou biosimilaire le plus cher du groupe. Deux exceptions maintiennent le tiers payant sans substitution : la mention non substituable médicalement justifiée du prescripteur, et le cas où le médicament d'origine coûte moins cher que le substitut. Pour les hybrides, deux motifs de non-substitution sont autorisés : la contre-indication formelle à un excipient (NS CIF) et la forme galénique inadaptée à un enfant de moins de 6 ans (NS EFG). Pour les biosimilaires, aucun formalisme particulier n'est imposé : le prescripteur motive librement la mention. Au 1er septembre 2026, 31 groupes hybrides et 11 molécules biosimilaires sont substituables en officine. Le texte fondateur est l'article L.162-16-7 du Code de la sécurité sociale, modifié par la LFSS 2026.

Boîtes de médicaments sur un comptoir de pharmacie, ambiance sobre et professionnelle
Officine·4 min

CEPS : l'USPO obtient le retrait de 9 groupes de médicaments sur 12, 20 M€ de baisses évitées

L'USPO annonce le 28 juillet 2026 avoir obtenu du CEPS (Comité économique des produits de santé) le retrait de 9 groupes de médicaments sur les 12 initialement ciblés pour des baisses de prix. Le montant initial des baisses envisagées s'élevait à 43,9 millions d'euros. Le montant final retenu est de 24,2 millions d'euros, soit environ 20 millions d'euros de baisses évitées. L'USPO a fait valoir trois arguments principaux : les tensions d'approvisionnement existantes sur certaines molécules (une baisse de prix aggraverait le risque de rupture), les situations de monopole (un seul fournisseur, pas de marge de négociation), et les taux de substitution déjà maximaux (les pharmaciens substituent déjà au maximum, une baisse de prix ne peut pas générer d'économies supplémentaires par la substitution). Trois groupes de médicaments restent concernés par des baisses, pour un total de 24,2 millions d'euros.

Pharmacie d'officine avec des masques FFP2 sur le comptoir, ambiance sobre
Officine·4 min

Incendies en Gironde et dans les Landes : les pharmacies en première ligne

L'USPO et la FSPF publient le 27 juillet 2026 des communiqués sur la mobilisation des pharmacies face aux incendies en Gironde et dans les Landes. Les officines assurent la continuité des soins pour les personnes évacuées, distribuent des masques FFP2 (dotation initiale de 1 300 par pharmacie, l'USPO demande un passage à 5 000) et s'appuient sur le Dossier Pharmaceutique (DP) et le Dossier Médical Partagé (DMP) pour retrouver les traitements des patients ayant perdu leurs ordonnances. La FSPF détaille les dispositifs de soutien mobilisables : activité partielle pour les officines en zone évacuée (demande sur activitepartielle.emploi.gouv.fr, catégorie « circonstances exceptionnelles »), report de charges sociales sans pénalité (URSSAF, appel au 3957), et aménagement du temps de travail pour les salariés évacués (RTT, heures de récupération, congés payés anticipés). L'USPO rappelle que les pharmacies sont des « acteurs de première ligne indispensables » en situation de crise, accessibles, de proximité et dotées d'une expertise sur le médicament.