Rapport CNAM 2027 : 1,3 milliard d'économies sur les médicaments et audit des groupements
Le rapport Charges et Produits 2027 de la CNAM prévoit 1,3 milliard d'euros d'économies sur les produits de santé. Biosimilaires, déprescription, désescalade thérapeutique et réévaluation de médicaments coûteux sont les axes retenus. La CNAM annonce aussi un audit du modèle économique des groupements d'officines. Décryptage des impacts pour le pharmacien.
La CNAM a publié le 2 juillet 2026 son rapport Charges et Produits pour 2027, soumis au vote du conseil le 9 juillet. Le document prévoit 3,9 milliards d'euros d'économies globales, dont 1,3 milliard sur les produits de santé — après 1,4 milliard en 2026. La stratégie pivote de la régulation tarifaire vers la pertinence des prescriptions : développement des biosimilaires, déprescription (dont sevrage benzodiazépines en ville), désescalade thérapeutique en oncologie, et réévaluation de médicaments à fort impact budgétaire comme Vyndaqel (tafamidis, Pfizer). La CNAM annonce par ailleurs une analyse approfondie du modèle économique des groupements de pharmacies pour 2027. Les données montrent une dégradation de la rentabilité officinale de 20 % entre 2018 et 2023, et de 31 % entre 2022 et 2023, malgré un chiffre d'affaires agrégé de 23 milliards d'euros. Le déficit de l'Assurance maladie est estimé à 13,8 milliards d'euros en 2026.
La CNAM a publié le 2 juillet 2026 son rapport Charges et Produits pour 2027. Le document, soumis au vote du conseil le 9 juillet, fixe un cap clair : 3,9 milliards d'euros d'économies, dont 1,3 milliard sur les produits de santé. Et pour la première fois, la Caisse annonce un audit du modèle économique des groupements de pharmacies.
Le contexte : un déficit record
| Indicateur | Montant |
|---|---|
| Déficit Assurance maladie 2026 | 13,8 milliards d'euros |
| Dépenses de santé projetées 2030 (sans action) | 270 milliards d'euros (+60 Mds vs 2024) |
| Dépenses de santé projetées 2030 (avec régulation) | 255 milliards d'euros |
| Dépenses de santé projetées 2030 (avec prévention massive) | 245 milliards d'euros |
Face à ce déficit, la CNAM cherche des leviers d'économies massifs. Les produits de santé restent le premier poste ciblé.
1,3 milliard d'économies sur les médicaments
Après 1,4 milliard d'économies dans le PLFSS 2026, la CNAM maintient la pression avec 1,3 milliard pour 2027.
Le pivot stratégique
La CNAM change d'approche : elle passe de la régulation tarifaire (baisses de prix) à la pertinence des prescriptions. Quatre axes sont retenus :
| Axe | Détail |
|---|---|
| Biosimilaires | Renforcer les prescriptions sur les molécules à fort enjeu financier |
| Déprescription | Collaboration médecin-pharmacien-infirmier, expérimentation sevrage benzodiazépines en ville |
| Désescalade thérapeutique | Réduire l'intensité ou la durée de certains protocoles, notamment en oncologie |
| Réévaluation | Saisine HAS pour réexaminer le remboursement de médicaments à fort impact budgétaire |
Le cas Vyndaqel
Le rapport cite nommément Vyndaqel (tafamidis, Pfizer), utilisé dans l'amylose cardiaque à transthyrétine. La CNAM propose de saisir la HAS pour réexaminer son remboursement, illustrant la nouvelle doctrine : réévaluer les traitements coûteux à la lumière des données en vie réelle.
L'oncologie sous pression
| Indicateur oncologie | Valeur |
|---|---|
| Dépenses nettes anticancéreux 2024 | 7,1 milliards d'euros |
| Croissance annuelle (5 ans) | +10,2 % |
| Nouvelles molécules avec ASMR mineure ou inexistante | 80 % |
La CNAM veut adapter les prises en charge aux personnes âgées atteintes de cancer et privilégier les traitements les plus efficients.
L'audit des groupements de pharmacies
C'est la nouveauté du rapport : la CNAM annonce une analyse approfondie de la rentabilité économique des groupements d'officines pour 2027.
Pourquoi cet audit
Les groupements sont devenus des acteurs majeurs de la distribution pharmaceutique. Leur poids économique complique l'analyse de la rentabilité des officines individuelles. La CNAM veut comprendre :
- Quel est le modèle économique réel des groupements ?
- Quelle part de la valeur créée en officine remonte vers les structures de groupement ?
- Les économies réalisées par les groupements (achats mutualisés, négociations fournisseurs) bénéficient-elles aux officines adhérentes ou à la structure centrale ?
Les chiffres de rentabilité officinale
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| CA agrégé officines (2023) | 23,09 milliards d'euros |
| Achats de marchandises | 76,6 % des charges d'exploitation |
| Charges de personnel | ~17 % |
| EBE (excédent brut d'exploitation) | ~3 milliards d'euros (stable) |
| Dégradation rentabilité opérationnelle (2018-2023) | −20 % |
| Dégradation rentabilité opérationnelle (2022-2023) | −31 % |
La rentabilité opérationnelle s'effondre alors que le chiffre d'affaires progresse — c'est ce paradoxe que la CNAM veut creuser.
Ce que ça implique pour les titulaires
À ce stade, aucune mesure réglementaire n'est envisagée. L'objectif est un diagnostic. Mais l'audit enverra un signal politique : la CNAM s'intéresse désormais à la chaîne de valeur complète, pas seulement à la dispensation.
Pour les titulaires en groupement, cela signifie :
- Une transparence accrue probable sur les flux financiers groupement ↔ officine ;
- Un regard public sur les conditions commerciales négociées par les centrales d'achat ;
- Un éventuel encadrement si l'audit révèle des déséquilibres.
La déprescription en ville : le pharmacien au centre
Le rapport positionne le pharmacien comme acteur clé de la déprescription en ville, aux côtés du médecin et de l'infirmier. L'expérimentation citée concerne le sevrage des benzodiazépines, un sujet de santé publique majeur (France = premier consommateur européen).
Le dispositif envisagé :
| Étape | Acteur |
|---|---|
| Identification du patient | Médecin ou pharmacien (BPM, entretien) |
| Protocole de sevrage | Médecin prescripteur |
| Suivi et accompagnement | Pharmacien (entretiens, suivi observance) |
| Coordination | IDE si nécessaire |
Autres leviers d'économies
| Levier | Montant/Détail |
|---|---|
| Lutte contre la fraude (2025) | 723 millions d'euros de préjudices détectés |
| Tiers payant | Conditionné à la présentation de la carte Vitale |
| Transports sanitaires | Stabilisation des dépenses |
| Dématérialisation | Encadrement des délais de facturation |
Impact pour l'officine
Ce qui pèse
- 1,3 Md€ d'économies = poursuite de l'érosion des marges sur les médicaments ;
- Audit des groupements = transparence accrue sur les flux financiers ;
- Biosimilaires = pression renforcée sur la substitution.
Ce qui peut bénéficier
- Déprescription en ville = nouvelle mission valorisée pour le pharmacien ;
- Pivot vers la pertinence = moins de baisses de prix brutales, plus de travail sur les volumes ;
- BPM et entretiens = confirmation du rôle du pharmacien dans le parcours de soins.
À retenir
- Rapport CNAM Charges et Produits 2027 publié le 02/07/2026.
- 3,9 Md€ d'économies globales, dont 1,3 Md€ sur les produits de santé.
- Pivot stratégique : de la baisse de prix vers la pertinence (biosimilaires, déprescription, désescalade).
- Audit des groupements annoncé pour 2027 — diagnostic du modèle économique.
- Rentabilité officinale : −20 % (2018-2023), −31 % (2022-2023).
- Déprescription benzodiazépines : pharmacien positionné comme acteur clé en ville.
- Déficit Assurance maladie : 13,8 Md€ en 2026.
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Rentrée 2026 : tout ce qui change au comptoir entre août et octobre
La rentrée 2026 apporte plusieurs changements concrets pour le pharmacien d'officine. Le FreeStyle Libre 3 Plus est remboursé en boucle semi-fermée à partir du 24 août. Le tarif forfaitaire de responsabilité (TFR) de l'acétate de cyprotérone 50 mg est abrogé au 1er septembre. Le tiers payant contre génériques est étendu aux hybrides et aux biosimilaires dès septembre. La campagne de prévention de la bronchiolite à VRS démarre le 14 septembre avec deux anticorps disponibles (Beyfortus et Enflonsia). Les culottes et coupes menstruelles sont remboursées en pharmacie à partir du 1er octobre. Le Téralithe LP 400 mg, en rupture depuis le 10 août, est attendu fin septembre. La loi sur l'aide à mourir est promulguée avec une clause de conscience étendue aux pharmaciens. Les conditions de dispensation du désogestrel et de l'étonogestrel sont renforcées après la DHPC méningiome de l'ANSM.
Tiers payant contre génériques : extension aux hybrides et biosimilaires dès le 1er septembre
À compter du 1er septembre 2026, le dispositif « tiers payant contre génériques » s'étend aux médicaments hybrides et biosimilaires substituables. Le mécanisme est identique à celui en vigueur pour les génériques : si le pharmacien propose la substitution et que le patient la refuse, celui-ci perd le bénéfice du tiers payant et doit avancer les frais. Le remboursement se fait alors sur la base du prix du médicament biosimilaire ou hybride le plus élevé du groupe de substitution concerné. Le tiers payant est maintenu si le prescripteur a porté une mention « non substituable » (NS) justifiée et conforme, ou si le médicament d'origine a un prix inférieur ou égal au biosimilaire ou hybride. Le pharmacien doit informer le patient des conséquences du refus avant la délivrance, vérifier la présence et la conformité de la mention NS le cas échéant, et reporter cette mention dans son logiciel de facturation. Cette extension concerne notamment les biosimilaires récemment ajoutés à la liste ANSM (insuline glargine, dénosumab) et les hybrides inscrits au répertoire.
49 milliards d'euros : le marché officinal bat un record, mais le titulaire ne voit pas la couleur
Le marché officinal français a atteint 49 milliards d'euros de chiffre d'affaires sur 12 mois glissants (mai 2025 – mai 2026), un record historique selon les données présentées par GERS Data en juin 2026. En six ans, le réseau est passé de 36 à 49 milliards d'euros. Cette croissance est principalement tirée par les médicaments à prescription obligatoire (+6,6 % en cumul annuel), les analogues du GLP-1 (331 millions d'euros, +95 %), les vaccins (+32 %) et les médicaments onéreux (>1 930 € : 2,7 milliards, +10 %). Mais ces médicaments chers ne représentent que 0,09 % des volumes pour 24,6 % de la valeur. Le paradoxe : le chiffre d'affaires explose alors que la rentabilité officinale se dégrade (-20 % entre 2018 et 2023, -31 % entre 2022 et 2023 selon la CNAM). Le nombre d'officines est passé de 21 914 en 2014 à 19 966 en 2023, avec une projection à 16 000 en 2035. Le titulaire vend plus mais gagne moins, car la marge sur les médicaments onéreux est plafonnée.