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Médicaments non utilisés : 517 millions d'euros de gaspillage, les résultats de l'étude Perimed

L'ANSM et l'Assurance Maladie publient les résultats de l'étude Perimed : 7 675 tonnes de médicaments non utilisés collectés chaque année en France, représentant 517 millions d'euros pris en charge par l'Assurance Maladie. Quatre classes thérapeutiques concentrent 80 % des retours. Les leviers identifiés concernent les conditionnements, les durées de conservation, la déprescription et le rôle du pharmacien. Dossier complet pour l'officine.

L
La Rédaction· Équipe éditoriale
Rédaction
En bref

L'ANSM et l'Assurance Maladie ont publié le 24 juin 2026 les résultats de l'étude Perimed, première analyse statistique de la nature et des causes du non-usage des médicaments en France. Chaque année, 7 675 tonnes de médicaments non utilisés (MNU) sont collectés par Cyclamed en pharmacie, représentant un coût estimé à 517 millions d'euros pour l'Assurance Maladie obligatoire, dont 278 millions pour des médicaments non périmés. L'étude a porté sur 32 840 unités collectées entre avril et juillet 2025. Quatre classes thérapeutiques concentrent 80 % des retours : système respiratoire (25 %), digestif et métabolisme (21 %), nerveux (21 %) et cardiovasculaire (13 %). Les médicaments les plus fréquemment retrouvés sont le paracétamol, le tramadol, le macrogol, la lactulose et l'amoxicilline. 60 % des MNU sont périmés au moment du retour, 70 % relèvent de la prescription obligatoire. L'étude identifie quatre leviers d'action : allongement des durées de conservation (expérimentation ANSM lancée en novembre 2025), adaptation des conditionnements, rôle des professionnels de santé (consultation de déprescription entrée en vigueur au 1er janvier 2026, bilans partagés de médication) et information des patients. La Direction générale de la santé envisage par ailleurs une expérimentation de redispensation de certains anticancéreux à l'hôpital à partir de septembre 2026.

L'ANSM et l'Assurance Maladie publient les résultats de l'étude Perimed, première analyse statistique du non-usage des médicaments en France. Le constat : 7 675 tonnes de médicaments non utilisés collectés chaque année en pharmacie, pour un coût estimé à 517 millions d'euros pris en charge par l'Assurance Maladie. Quatre leviers d'action sont identifiés, qui concernent directement l'officine.

Les chiffres clés

IndicateurValeur
MNU collectés par an7 675 tonnes
Coût annuel pour l'AM517 M€
Dont médicaments non périmés278 M€
Évolution 2022-2024-30 % de volumes collectés
Échantillon étudié32 840 unités (85 kg, 1 125 spécialités)
Période de collecteAvril à juillet 2025

L'étude Perimed (PERImés et gaspillage MEDicamenteux) a été conduite par l'ANSM, l'Assurance Maladie et Cyclamed dans le cadre de la feuille de route de la planification écologique du système de santé (PESS). C'est la première cartographie représentative des médicaments non utilisés collectés par les pharmacies françaises.

Quels médicaments sont concernés ?

Quatre classes = 80 % des retours

Classe thérapeutiquePart des retours
Système respiratoire25 %
Système digestif et métabolisme21 %
Système nerveux21 %
Système cardiovasculaire13 %
Autres classes20 %

Les molécules les plus collectées

CatégorieMolécules
AntalgiquesParacétamol, tramadol
LaxatifsMacrogol, lactulose
AntibiotiquesAmoxicilline, amoxicilline/acide clavulanique

Périmés ou non périmés ?

IndicateurValeur
MNU périmés au moment du retour60 %
MNU non périmés40 %
Prescription obligatoire70 % des unités collectées
PMO rapportés non périmés44 %
PMF rapportés non périmés31 %

Quatre boîtes collectées sur dix ne sont pas périmées au moment du retour en pharmacie. Les médicaments à prescription obligatoire sont plus souvent rapportés non périmés (44 %) que ceux à prescription facultative (31 %), ce qui suggère des comportements différents selon le circuit de dispensation.

Pourquoi ces médicaments ne sont-ils pas utilisés ?

L'étude identifie un phénomène multifactoriel :

  • Observance : arrêt prématuré du traitement (effets indésirables, efficacité jugée insuffisante, amélioration des symptômes avant la fin du traitement) ;
  • Dispensation : certains médicaments délivrés « si besoin » (antalgiques notamment) ne sont finalement pas consommés ;
  • Conditionnements : des boîtes contenant plus de comprimés que nécessaire pour la durée réelle du traitement ;
  • Durées de conservation : des dates de péremption parfois courtes pour des médicaments courants (antidouleurs, antidiarrhéiques, antihistaminiques) conduisent à des destructions avant utilisation.

Les 4 leviers d'action identifiés

1. Allonger les durées de conservation

L'ANSM a lancé en novembre 2025 une expérimentation de 5 ans visant à inciter les laboratoires à prolonger la durée de conservation de certains médicaments courants. Sont concernés en priorité : paracétamol, ibuprofène, lopéramide et racécadotril, des molécules parmi les plus souvent collectées déjà périmées.

Un allongement de la date de péremption, lorsque le maintien de la qualité du médicament a été démontré, permettrait de réduire mécaniquement le volume de MNU.

2. Adapter les conditionnements

Deux axes sont en cours :

ActionDétail
Petits conditionnementsDéjà en place pour les benzodiazépines hypnotiques (zopiclone, zolpidem, nitrazépam), adaptés à un traitement de courte durée
Délivrance à l'unitéRéflexions en cours pour certains antibiotiques spécifiques, lorsque les conditionnements existants ne correspondent pas à la durée de traitement

L'ANSM travaille également sur l'écoconception des emballages pour réduire leur impact environnemental.

3. Renforcer le rôle des professionnels de santé

L'étude positionne les professionnels de santé comme acteurs essentiels de la réduction du non-usage. Plusieurs dispositifs sont déjà en place ou en déploiement :

DispositifDétail
Convention médicale 2024-2029Engagements des médecins libéraux en faveur de la pertinence et de la sobriété des prescriptions
Consultation de déprescriptionEntrée en vigueur au 1er janvier 2026, pour les patients hyperpolymédiqués
Programme de pertinenceCiblant antibiotiques, IPP, antalgiques
Bilans partagés de médication (BPM)Levier identifié pour les patients polymédiqués

Le pharmacien est en première ligne : vérifier avant tout renouvellement que le patient n'a pas encore les mêmes médicaments chez lui, accompagner sur le bon usage et le stockage, et s'appuyer sur le BPM pour les patients à risque.

4. Informer les patients

L'ANSM et l'Assurance Maladie mènent des campagnes de sensibilisation autour de trois messages :

  • Vérifier régulièrement son armoire à pharmacie ;
  • Éviter le stockage excessif ;
  • Rapporter les MNU en pharmacie à la fin du traitement.

Une démarche « antigaspi » a été expérimentée dans plusieurs départements avec les infirmiers libéraux, qui interviennent au domicile des patients pour identifier et limiter le gaspillage.

Redispensation : une expérimentation à l'hôpital

La Direction générale de la santé envisage une expérimentation de circuit sécurisé de redispensation de certains médicaments anticancéreux non utilisés, à l'hôpital, à partir de septembre 2026. L'initiative est soutenue par l'Assurance Maladie.

Cette expérimentation ne concerne pas l'officine de ville à ce stade.

Ce que ça change pour le pharmacien

  • Collecte Cyclamed : le pharmacien est le point d'entrée de la filière. 7 675 tonnes collectées par an, c'est un volume considérable qui transite par l'officine.

  • BPM : l'étude Perimed renforce la légitimité du bilan partagé de médication comme levier contre le gaspillage. C'est un argument supplémentaire pour proposer le BPM aux patients polymédiqués.

  • Renouvellement : l'étude pointe la nécessité de vérifier, avant chaque renouvellement, que le patient n'a pas de stock résiduel à domicile. Un réflexe simple au comptoir.

  • Conditionnements : les petits conditionnements de benzodiazépines hypnotiques sont déjà un modèle. Si la délivrance à l'unité s'étend à certains antibiotiques, l'officine sera le premier maillon impacté.

  • Durées de conservation : l'expérimentation ANSM pourrait modifier les dates de péremption du paracétamol et de l'ibuprofène dans les années à venir. Le pharmacien devra adapter ses conseils de stockage.

Contexte : le poids environnemental

Le rapport Shift Project (2025) estime que la production de médicaments consommés en France génère 9,1 millions de tonnes de CO₂ par an. La réduction du gaspillage médicamenteux s'inscrit dans la planification écologique du système de santé et répond à un triple enjeu : sanitaire (bon usage), économique (517 M€/an) et environnemental.

À retenir

  • Étude Perimed (ANSM + AM + Cyclamed) publiée le 24 juin 2026 : première cartographie du non-usage des médicaments en France.
  • 7 675 tonnes de MNU collectés par an, 517 M€ de coût pour l'AM (dont 278 M€ de médicaments non périmés).
  • 4 classes concentrent 80 % des retours : respiratoire, digestif, nerveux, cardiovasculaire.
  • Top molécules : paracétamol, tramadol, macrogol, amoxicilline.
  • 60 % des MNU sont périmés, 70 % relèvent de la prescription obligatoire.
  • Leviers : allongement péremption (expé ANSM 2025), petits conditionnements, déprescription (01/01/2026), information patients.
  • BPM identifié comme levier clé contre le gaspillage.
  • Redispensation anticancéreux : expérimentation hospitalière prévue septembre 2026.

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