PharmactuPharmactu
Réglementation·5 min de lecture

Robots sociaux en EHPAD : la HAS pose les conditions d'un déploiement éthique

La HAS a publié en mai 2026 une analyse des conditions de déploiement des robots sociaux en EHPAD et pour les personnes en situation de handicap. Utiles en complément de la présence humaine, ces dispositifs nécessitent un cadre éthique rigoureux. Le pharmacien référent en EHPAD a un rôle à jouer dans leur évaluation.

L
La Rédaction· Équipe éditoriale
Rédaction

Peut-on confier une part de l'accompagnement des personnes âgées en EHPAD à des robots ? La question, qui aurait semblé anecdotique il y a dix ans, est désormais traitée par la Haute Autorité de Santé (HAS) avec tout le sérieux qu'elle mérite. Dans une analyse publiée en mai 2026, la HAS examine les conditions dans lesquelles les robots sociaux peuvent être déployés de manière utile, éthique et maîtrisée dans les établissements médico-sociaux. Sa conclusion est nuancée : ces technologies peuvent apporter une valeur réelle, mais uniquement en complément, et non en remplacement, de la présence humaine.

Contexte : des robots de plus en plus présents dans le champ médico-social

Les robots dits "sociaux" désignent des dispositifs capables d'interagir avec l'être humain à travers la parole, le geste, l'expression ou le mouvement. Certains sont pensés pour la stimulation cognitive (jeux, rappels d'activités), d'autres pour l'accompagnement émotionnel (écoute, présence simulée), d'autres encore pour des fonctions plus pratiques comme la distribution de médicaments ou la télésurveillance.

Ces dispositifs se développent rapidement dans un contexte de tension structurelle sur les ressources humaines en EHPAD : pénurie de soignants, charge de travail élevée, vieillissement de la population résidente. Certains établissements ont déjà expérimenté ces technologies, souvent sans cadre formalisé ni évaluation rigoureuse de leur impact.

Ce que dit la HAS : un outil conditionnel, pas une solution universelle

La HAS ne se prononce ni pour ni contre les robots sociaux en EHPAD. Elle s'attache à définir les conditions d'un déploiement acceptable, en s'appuyant sur une revue de la littérature internationale et une consultation de parties prenantes.

Ses principales conclusions sont les suivantes.

Un complément, jamais un substitut. La HAS est explicite : les robots sociaux ne sauraient remplacer la relation humaine dans l'accompagnement des personnes âgées ou en situation de handicap. Leur utilisation ne doit pas conduire à une réduction des effectifs soignants ni à une déshumanisation des soins.

Une évaluation individuelle préalable. Chaque introduction d'un robot dans la prise en charge d'un résident doit faire l'objet d'une évaluation personnalisée : l'état cognitif, les préférences, les antécédents psychologiques et les besoins spécifiques de la personne doivent être pris en compte avant toute décision.

Le consentement, une exigence non négociable. La HAS insiste sur la nécessité d'un consentement éclairé du résident, et, le cas échéant, de son représentant légal. Ce consentement doit être recueilli dans des conditions adaptées aux capacités cognitives de la personne.

Un cadre éthique institutionnel. Le déploiement de ces dispositifs doit s'inscrire dans une réflexion éthique portée par l'établissement, associant soignants, résidents, familles et, selon les cas, des référents extérieurs.

La HAS ne recommande pas de déploiement généralisé sans ces garanties. Elle appelle à la mise en place d'évaluations rigoureuses avant toute extension à grande échelle.

Ce que ça change pour le pharmacien référent en EHPAD

Depuis la loi relative à l'organisation et à la transformation du système de santé (OTSS) de 2019, le pharmacien référent en EHPAD occupe une place renforcée dans le suivi pharmaceutique des résidents. Son rôle, révision des ordonnances, détection des interactions médicamenteuses, participation aux instances de l'établissement, le positionne comme un acteur à part entière de la gouvernance clinique de la structure.

L'introduction de robots sociaux dans ce contexte soulève plusieurs questions auxquelles le pharmacien peut légitimement contribuer.

La distribution automatisée de médicaments. Certains robots de service proposent des fonctions de distribution ou de rappel de prise médicamenteuse. Cette fonctionnalité, si elle est envisagée, doit être encadrée avec la plus grande rigueur : risques de confusion entre résidents, absence de contrôle de l'identité, impossibilité pour le robot de détecter une modification d'état clinique contre-indiquant une prise. Le pharmacien référent a toute légitimité pour être consulté, et associé à la décision, sur ce type de technologie.

Les interactions liées à l'état cognitif. Les résidents présentant des troubles cognitifs (démences, maladie d'Alzheimer) constituent souvent la population cible de ces robots. Or, ces mêmes patients sont fréquemment sous polymédication, avec un risque accru d'interactions et d'effets indésirables comportementaux. L'introduction d'un stimulus technologique nouveau peut avoir des effets inattendus que le pharmacien, en lien avec le médecin coordonnateur, doit pouvoir évaluer.

Le consentement des résidents sous tutelle ou curatelle. Lorsque le consentement doit être recueilli auprès d'un représentant légal, le pharmacien peut être associé à la démarche pluridisciplinaire qui entoure cette décision, notamment si elle concerne des aspects liés à la gestion du traitement.

À retenir

  • La HAS a publié en mai 2026 une analyse sur les robots sociaux en EHPAD, concluant à leur utilité potentielle uniquement en complément de la présence humaine, sous conditions strictes.
  • Les prérequis indispensables : évaluation individuelle, consentement éclairé, cadre éthique institutionnel.
  • Le pharmacien référent en EHPAD est un interlocuteur légitime pour évaluer les fonctions médicamenteuses de ces dispositifs et participer aux décisions pluridisciplinaires.
  • Aucun déploiement généralisé ne doit être envisagé sans évaluation préalable rigoureuse.

À lire aussi sur Pharmactu :

À lire aussi

Flacon de vaccin antigrippal et seringue posés sur une paillasse, ambiance sobre
Réglementation·4 min

Obligation vaccinale grippe des soignants : un recours devant le Conseil d'État, sur fond d'experts HAS majoritairement contre

L'obligation vaccinale annuelle contre la grippe pour les professionnels des secteurs sanitaire et médico-social, recommandée par la Haute Autorité de santé le 9 juillet 2026 et rendue publique le 20 juillet, est désormais contestée en justice. Le Syndicat Liberté Santé (SLS) a déposé devant le Conseil d'État un recours pour excès de pouvoir, visant l'annulation de la recommandation, ainsi qu'un référé-suspension, qui demande sa suspension dans l'attente du jugement au fond. Le point le plus notable, vérifié directement dans le rapport de la HAS, est que le groupe de travail de l'institution était lui-même majoritairement opposé à cette mesure : 11 experts sur 13 se sont déclarés défavorables à une obligation pour les professionnels, et 12 sur 13 pour les personnes âgées en collectivité. Les experts réaffirment l'importance de la vaccination antigrippale, mais expriment des réserves sur son caractère obligatoire. La HAS a néanmoins recommandé l'obligation pour les professionnels, en commençant par les EHPAD et les unités de soins de longue durée. Pour le pharmacien d'officine, la mesure n'est pas directement visée, mais le débat sur la vaccination obligatoire des professionnels de santé concerne l'ensemble de la profession.

Flacon de vaccin antigrippal et seringue posés sur une paillasse, ambiance sobre
Réglementation·4 min

Obligation vaccinale grippe des soignants : le Conseil d'État rejette le référé, mais sur l'urgence, pas sur le fond

Le Conseil d'État a statué, par une ordonnance du 5 octobre 2026 (décision n° 519964), sur le référé-suspension déposé par le Syndicat Liberté Santé contre la recommandation de la Haute Autorité de santé du 9 juillet 2026 préconisant une obligation vaccinale annuelle contre la grippe pour les professionnels de santé, les autres professionnels des établissements de santé et médico-sociaux en contact avec des personnes vulnérables, et les étudiants des filières médicales et paramédicales. Le juge des référés a rejeté la demande de suspension. Point essentiel : ce rejet est fondé sur l'absence d'urgence, et non sur la légalité au fond de la recommandation. Le Conseil d'État relève que la recommandation de la HAS ne rend pas, à elle seule, l'obligation applicable : pour les salariés des établissements, elle nécessiterait l'abrogation du décret du 14 octobre 2006 qui avait suspendu cette obligation ; pour les libéraux, un décret en Conseil d'État reste nécessaire, et la HAS préconise un déploiement progressif sur deux ans. La recommandation ne portant pas une atteinte « suffisamment grave et immédiate » aux intérêts invoqués, la condition d'urgence n'est pas remplie. Le juge statue sur ce seul fondement (article L. 522-3 du code de justice administrative), sans se prononcer sur la légalité de la recommandation. Pour les soignants comme pour l'officine, l'obligation n'est donc pas applicable en l'état : le débat sur le fond reste entier.

Façade institutionnelle française
Réglementation·2 min

La HAS monte au créneau pour défendre son indépendance face aux laboratoires

La HAS dénonce publiquement les pressions exercées par certains laboratoires sur ses évaluations scientifiques en cours. Par une lettre ouverte dans Les Echos, le Collège réaffirme son indépendance et appelle à préserver l'intégrité du processus d'évaluation des médicaments en France.