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Officine·11 min de lecture

Sécurité des pharmaciens : 468 agressions déclarées à l'Ordre en 2025 (-12,6 % vs 2024) — le bilan complet du CNOP

Le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens a publié le 4 juin 2026 son bilan annuel 2025 sur les agressions. 468 agressions déclarées (-12,6 % vs 2024), 72,6 % de violences verbales, 6,4 % d'agressions physiques, 28,8 % de dépôts de plainte. 122 référents sécurité mobilisés, CNOP partie civile dans 11 affaires jugées sur 12.

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La Rédaction· Équipe éditoriale
Rédaction
En bref

Le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (CNOP) a publié le 4 juin 2026 son bilan annuel 2025 sur les agressions. 468 agressions ont été portées à la connaissance de l'Ordre (458 via son site, 10 via la plateforme ONVS), soit une baisse de 12,6 % par rapport à 2024 (536 déclarations). 451 concernent des pharmaciens d'officine. Les atteintes aux personnes représentent 70,6 % des cas en officine et les violences verbales 72,6 % de l'ensemble des atteintes. 16,8 % seulement des pharmaciens victimes d'atteintes aux personnes ont déposé plainte. 122 référents sécurité ordinaux ont pris contact avec 413 pharmaciens. Le CNOP a souhaité se constituer partie civile dans 27 affaires en 2025 ; 12 ont été jugées, avec reconnaissance du CNOP comme partie civile dans 11 d'entre elles.

Le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (CNOP) a publié le 4 juin 2026 son bilan annuel sur la sécurité des pharmaciens pour l'année 2025. Au total, 468 agressions ont été portées à la connaissance de l'Ordre, soit une baisse de 12,6 % par rapport à 2024 (536 déclarations). Décryptage des chiffres clés, des causes, du dépôt de plainte et des actions menées par l'institution ordinale.

468 déclarations en 2025 : une baisse de 12,6 %

Selon les chiffres du bilan, les déclarations sont réparties entre deux plateformes :

  • 458 déclarations effectuées directement sur le site de l'Ordre ;
  • 10 déclarations sur la plateforme de l'Observatoire National des Violences en Santé (ONVS).
AnnéeDéclarations totalesÉvolution
2020592+95,4 %
2021438−26 %
2022475+12,8 %
2023366−16,4 %
2024536+29,8 %
2025468−12,6 %

Le niveau 2025 revient en-deçà du pic 2024, mais reste comparable à 2023.

Répartition par secteur d'activité

Sur les 458 déclarations effectuées via le site de l'Ordre :

  • 451 pharmaciens d'officine,
  • 3 PUI, SDIS ou CSAPA,
  • 1 laboratoire de biologie médicale,
  • 3 structures dispensatrices d'oxygène à domicile,
  • 0 industrie / distribution en gros.

Les 10 déclarations ONVS concernent 9 pharmaciens d'officine et 1 biologiste. Au total, l'officine concentre 460 déclarations sur 468, soit l'écrasante majorité du périmètre.

Répartition géographique (officine + autres métiers)

RégionDéclarationsPart
Auvergne-Rhône-Alpes6413,7 %
Île-de-France6313,5 %
Hauts-de-France449,4 %
Grand Est439,2 %
Pays de la Loire408,5 %
Nouvelle-Aquitaine377,9 %
Occitanie347,3 %
Bretagne326,8 %
Centre-Val de Loire316,6 %
Bourgogne-Franche-Comté286 %
Provence-Alpes-Côte d'Azur — Corse234,9 %
Normandie224,7 %
Mayotte40,9 %
Réunion20,4 %
Guyane10,2 %
Guadeloupe / Martinique00 %

Types d'atteintes : 70,6 % visent les personnes en officine

Sur les 460 déclarations en officine :

  • 70,6 % = atteintes aux personnes uniquement (325 cas),
  • 13,3 % = atteintes aux personnes et aux biens (61 cas),
  • 16,1 % = atteintes aux biens uniquement (74 cas).

À noter : dans l'Hexagone, les atteintes aux personnes dominent largement ; en outre-mer, les atteintes aux biens sont proportionnellement plus nombreuses (à Mayotte, à la Réunion).

Sous-types d'atteintes (tous métiers) : 72,6 % de violences verbales

Sur l'ensemble des 856 atteintes recensées (une même déclaration pouvant cumuler plusieurs sous-types) :

Sous-typePart
Violences verbales / menaces72,6 % (621 cas)
Vols (tentés ou commis), cambriolages8,6 % (74 cas)
Agressions physiques6,4 % (55 cas)
Dégradation de matériel5,4 % (46 cas)
Menaces de mort4,9 % (42 cas)
Autre2,1 % (18 cas)

Évolutions vs 2024 : violences verbales en hausse (+10 points, 72,6 % vs 65,5 %), agressions physiques en baisse (6,4 % vs 8,9 %), menaces de mort en légère baisse (4,9 % vs 6,4 %).

Sur l'usage d'armes en officine : 18 déclarations mentionnent une arme — 10 armes blanches (couteau, seringue…), 3 armes à feu, 4 autres types d'armes.

Les causes des atteintes aux personnes en officine

Le bilan classe les causes par fréquence décroissante :

  1. Refus de délivrance (cause principale)
  2. Impatience de l'agresseur
  3. Difficultés liées à la dispensation de stupéfiants ou assimilés

Sur les refus de délivrance, le détail des motifs invoqués est :

Motif du refusNombre
Ordonnance réglementairement non conforme54
Refus pour intérêt du patient (art. R. 4235-61 CSP)44
Ordonnance falsifiée32
Prescription hors AMM14
Ordonnance périmée / absence d'ordonnance13
Autre7

Quand : 83,6 % pendant les heures d'ouverture

La part des agressions déclarées en pharmacie ouverte progresse régulièrement depuis 2019 :

AnnéePharmacie ouvertePharmacie fermée
201961,2 %38,8 %
202271 %29 %
202478 %22 %
202583,6 %16,4 %

41 officines de garde ont fait l'objet d'une agression en 2025. Un filtrage par les forces de l'ordre avait été opéré pour 1 des 4 agressions déclarées dans une pharmacie de garde ouverte, et 1 des 5 dans une pharmacie de garde fermée.

Conséquences des atteintes aux personnes

Sur les 380 déclarations à l'Ordre faisant état de conséquences (toutes les métiers) :

  • 83 % : conséquences psychologiques,
  • 8,3 % : nécessitent une consultation médicale,
  • 4,6 % : blessures physiques,
  • 3,9 % : nécessitent un arrêt de travail,
  • 0,2 % : nécessitent une hospitalisation.

Dépôt de plainte : 28,8 % en officine, mais seulement 16,8 % pour les atteintes aux personnes

Sur les 451 déclarations en officine :

  • 130 dépôts de plainte effectifs (28,8 %),
  • 118 pharmaciens déclarent l'intention de déposer plainte,
  • 203 pharmaciens déclarent ne pas avoir l'intention de déposer plainte.

En cumul (plainte déposée + intention), 54,4 % des pharmaciens engagent ou envisagent une démarche judiciaire.

La ventilation par type d'atteinte fait apparaître un écart majeur :

Type d'atteinteTaux de dépôt de plainte
Atteintes aux personnes seules16,8 %
Atteintes aux personnes et aux biens36,1 %
Atteintes aux biens seules73,3 %

Autrement dit : plus l'atteinte touche les biens (vol, cambriolage), plus la plainte est portée. Les atteintes aux personnes seules — qui constituent la majorité — sont au contraire peu judiciarisées.

L'action de l'Ordre : 122 référents sécurité, 413 pharmaciens contactés

L'Ordre s'appuie sur un réseau d'élus ordinaux référents sécurité (RS) déployé dans chaque région. En 2025 :

  • 122 référents sécurité ont été mobilisés ;
  • 413 pharmaciens ayant effectué une déclaration nominative ont été contactés ;
  • certains référents sont intervenus dans plus de 8 situations différentes ;
  • les formations dédiées à l'écoute active et aux procédures judiciaires ont été renforcées ;
  • un groupe de travail dédié a été créé en 2025 pour adapter la réponse ordinale.

Carine Wolf-Thal, Présidente du CNOP :

« Le sentiment d'insécurité que nous partagent les pharmaciens reflète la réalité de leur exercice, la pression à laquelle ils sont exposés, mais aussi la manière dont la profession choisit d'y répondre : en refusant l'indifférence, en signalant les faits, en demandant protection et reconnaissance. Par son réseau, ses outils, son suivi des déclarations et sa capacité à intervenir aux côtés des pharmaciens, l'Ordre joue pleinement son rôle : entendre, relayer, accompagner et agir. »

L'Ordre partie civile : 27 affaires en 2025, 11 reconnaissances sur 12 jugées

Depuis l'ordonnance n° 2017-644 du 27 avril 2017, le CNOP peut se constituer partie civile devant les juridictions pénales dans les affaires de violences ou menaces commises contre un pharmacien en raison de sa profession (article L. 4233-1 du Code de la santé publique).

En 2025 :

  • le CNOP a souhaité se constituer partie civile dans 27 affaires ;
  • 12 affaires ont été jugées (1 datant de 2020, 1 de 2023, 2 de 2024, 8 de 2025) ;
  • le CNOP a été reçu en qualité de partie civile dans 11 de ces 12 affaires.

L'Ordre rappelle qu'il est soumis aux délais judiciaires et que sa constitution de partie civile ne peut intervenir qu'au jour de l'audience (hors instruction). Elle ne se substitue pas à la constitution de partie civile du pharmacien victime, qui permet à celui-ci d'obtenir réparation de son préjudice individuel.

Gildas Bernier, référent national sécurité auprès du CNOP :

« Nous le répétons avec constance : déclarer compte ! Déclarer permet de mesurer, de documenter, d'alerter et d'agir. C'est aussi permettre à la profession de ne pas banaliser ce qui ne doit pas l'être. Car la sécurité des pharmaciens ne se résume pas à des statistiques : elle se construit dans l'attention portée à chaque situation, dans la capacité à transformer un signalement en action, et dans la volonté collective de faire reculer les violences. »

Cadre législatif : loi du 9 juillet 2025 et plan VSS

Le bilan replace l'action ordinale dans le cadre des évolutions législatives récentes :

Loi du 9 juillet 2025 renforçant la sécurité des professionnels de santé (publiée au Journal officiel du 9 juillet 2025), à laquelle l'Ordre a contribué (auditions, amendements) :

  • aggravation des peines pour violences contre les professionnels de santé et les personnels des officines, PSAD, LBM ;
  • aggravation du délit d'agression sexuelle commis sur un professionnel de santé en exercice ;
  • création d'un délit d'outrage aux professionnels de santé, pour lequel l'Ordre peut désormais se constituer partie civile aux côtés de la victime ;
  • possibilité pour les pharmaciens libéraux de déclarer leur adresse professionnelle comme domicile lors du dépôt de plainte ;
  • possibilité pour un employeur de déposer plainte au nom d'un agent victime, avec l'accord écrit de celui-ci ;
  • ouverture pour les ordres ou URPS de la faculté de déposer plainte à la place du professionnel libéral qui en fait la demande (modalités à préciser par décret d'application).

Plan de lutte contre les violences sexuelles et sexistes (VSS) dans le système de santé, annoncé le 17 janvier 2025 par le ministre chargé de la Santé. La charte interordinale a été signée par l'ensemble des ordres de santé le 27 mai 2025. L'Ordre a participé aux groupes de travail DGOS sur :

  • l'évolution du rôle de l'ONVS (plateforme ONVS 2.0 ouverte à toutes les violences subies par les professionnels de santé, y compris VSS) ;
  • les formations VSS des professionnels et des encadrants en établissement de santé ;
  • la prise en compte des conséquences disciplinaires de ces actes sur l'inscription au tableau de l'Ordre.

Points de vigilance au comptoir

1. Déclarer auprès de l'Ordre, même sans plainte. Le bilan documente que 16,8 % seulement des atteintes aux personnes donnent lieu à un dépôt de plainte. Le signalement à l'Ordre est néanmoins le levier qui permet la statistique, l'alerte des autorités et le contact d'un référent sécurité local.

2. Choisir une déclaration nominative pour bénéficier de l'accompagnement. 89,1 % des déclarations à l'Ordre sont nominatives ; elles ouvrent le contact avec un référent sécurité formé à l'écoute et aux procédures judiciaires.

3. Connaître ses référents sécurité. Leurs coordonnées (lorsqu'ils en ont donné l'autorisation) sont publiées sur le site de l'Ordre.

4. Outils de prévention disponibles. Le bilan rappelle les dispositifs proposés par les forces de l'ordre : études gratuites de sûreté par référents sûreté gendarmerie / police, application « Opération tranquillité entreprises et commerces » (OTEC) en zone gendarmerie, logiciel PEGASE en zone police, application « Ma Sécurité » du ministère de l'Intérieur.

À retenir

  • 468 agressions déclarées au CNOP en 2025, dont 451 en officine ; baisse de 12,6 % vs 2024.
  • 72,6 % de violences verbales, 6,4 % d'agressions physiques, 4,9 % de menaces de mort ; 18 déclarations avec arme en officine.
  • Première cause des atteintes aux personnes : le refus de délivrance (ordonnance non conforme, falsifiée, intérêt du patient, hors AMM).
  • 83,6 % des agressions ont lieu pharmacie ouverte ; 41 officines de garde concernées.
  • Dépôt de plainte : 16,8 % pour les atteintes aux personnes, 73,3 % pour les atteintes aux biens.
  • Action ordinale : 122 référents sécurité mobilisés, 413 pharmaciens contactés, CNOP partie civile dans 11 affaires jugées sur 12.
  • Cadre légal : loi du 9 juillet 2025 + plan VSS du 17 janvier 2025.

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