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Santé publique·6 min de lecture

Substituts nicotiniques au comptoir : quelle forme, quel dosage, comment les associer

Patchs, gommes, pastilles, spray buccal : les substituts nicotiniques sont le traitement de première intention de l'arrêt du tabac. Choix de la forme, dosage de départ, association patch et forme orale, signes de sous-dosage et de surdosage, grossesse, remboursement : la fiche pratique pour le Mois sans tabac, d'après la HAS et l'Assurance Maladie.

En bref

Selon la recommandation de la Haute Autorité de santé sur l'arrêt du tabac (2014, toujours en vigueur), les traitements nicotiniques de substitution sont le traitement médicamenteux de première intention, idéalement associés à un accompagnement par un professionnel de santé. L'association d'un patch et d'une forme orale à action rapide (gomme, pastille, comprimé, spray buccal) est plus efficace qu'une forme seule. La forme se choisit selon les préférences du patient et la dose s'ajuste dès la première semaine selon les signes de sous-dosage (irritabilité, insomnie, anxiété, envies persistantes, cigarettes fumées malgré le traitement) ou de surdosage (palpitations, maux de tête, bouche pâteuse, nausées, diarrhée). Les professionnels utilisent parfois une équivalence indicative d'une cigarette pour 1 mg de nicotine, soit un patch de 21 mg par jour pour 20 cigarettes. Le traitement dure au moins 3 mois, et aussi longtemps que nécessaire ; le spray buccal est déconseillé au-delà de 6 mois. Chez la femme enceinte, les substituts sont moins nocifs que la poursuite du tabac, en privilégiant les formes orales. La varénicline et le bupropion sont des traitements de seconde intention, sur prescription (liste I). Selon l'Assurance Maladie, la grande majorité des substituts sont remboursés à 65 % sur prescription depuis le 1er janvier 2019, sans plafond annuel, avec dispense d'avance de frais possible ; certains sprays restent en prix libre. Peuvent prescrire les médecins, sages-femmes, infirmiers, chirurgiens-dentistes et masseurs-kinésithérapeutes.

Pendant le Mois sans tabac, la question arrive au comptoir sous toutes les formes : « patch ou gomme ? », « quel dosage ? », « j'ai encore envie de fumer avec mon patch ». Selon la HAS, les substituts nicotiniques sont le traitement médicamenteux de première intention, et leur efficacité dépend surtout d'une chose : une dose suffisante, assez longtemps.

Ce que recommande la HAS

PrincipeSelon la recommandation de 2014
Première intentionLes substituts nicotiniques, chez les patients qui ont besoin d'un traitement médicamenteux
AccompagnementLes associer à un accompagnement par un professionnel de santé pour une meilleure efficacité
AssociationUn patch et une forme orale à action rapide sont plus efficaces qu'une forme seule
Choix de la formeSelon les préférences du patient
DuréeAu moins 3 mois, et aussi longtemps que nécessaire
SécuritéPas d'effet indésirable grave identifié

Les formes disponibles

FormeDosagesRepères d'utilisation
Patch 24 h7, 14 ou 21 mg par jourNicotine diffusée en continu ; changer de site d'application chaque jour pour limiter l'irritation cutanée
Patch 16 h10, 15 ou 25 mgPorté pendant la journée
Gomme2 et 4 mgMâcher lentement jusqu'à ce que le goût devienne fort, puis garder la gomme entre la joue et la gencive ; remâcher quand le goût s'estompe, pendant 30 minutes environ. Mâchée trop vigoureusement, la nicotine est avalée : moins d'effet, et risque de hoquet ou de brûlures d'estomac
Comprimé ou pastille à sucerDe 1 à 4 mg selon les produitsSucer lentement ; parfois irritation de la gorge, hoquet en début de traitement
Spray buccal1 mg par pulvérisationAu plus 2 pulvérisations par prise, 4 par heure et 64 par jour ; ne pas inhaler ; contient de l'éthanol ; déconseillé au-delà de 6 mois, sauf pour éviter une rechute

Selon la base de données publique des médicaments, l'inhaleur Nicorette n'est plus commercialisé.

Par quel dosage commencer

La HAS cite une équivalence utilisée par certains professionnels, à titre indicatif et non démontrée : 1 cigarette = 1 mg de nicotine.

  • Un patient qui fume 20 cigarettes par jour peut commencer par un patch de 21 mg.
  • S'il fume encore 7 cigarettes par jour avec ce patch, on ajoute un patch de 7 mg et/ou une forme orale.

La HAS rappelle que le nombre de cigarettes ne définit pas à lui seul le niveau de dépendance. Elle recommande d'évaluer la dépendance avec le test de Fagerström, en 2 ou 6 questions.

Ajuster la dose dès la première semaine

Sous-dosageSurdosage
Irritabilité, frustration, colère, anxiétéPalpitations
Insomnie, troubles de l'humeurMaux de tête
Difficultés de concentration, appétit augmentéBouche « pâteuse »
Envies de fumer persistantes, cigarettes fumées malgré le traitementNausées, diarrhée, malaise, insomnie

Selon la HAS, des cigarettes fumées sous substituts traduisent le plus souvent un sous-dosage. Pour ajuster, elle recommande d'ajouter une forme orale au patch, voire d'associer plusieurs patchs.

Arrêt d'emblée ou réduction

La HAS recommande d'abord l'arrêt immédiat. Chez un patient qui ne veut pas ou n'arrive pas à arrêter, une réduction progressive sous substituts, en vue d'un arrêt complet, peut être envisagée, y compris chez la femme enceinte et le patient cardiovasculaire.

Femme enceinte

  • Selon la HAS, l'utilisation encadrée des substituts pendant la grossesse est moins nocive que de continuer à fumer.
  • Toutes les formes sont possibles, en privilégiant les formes orales, dont la durée d'action est plus courte.
  • La varénicline et le bupropion ne sont pas recommandés pendant la grossesse (HAS).

Varénicline et bupropion : la seconde intention

Selon la HAS, ces deux médicaments sont recommandés en seconde intention en raison de leurs effets indésirables, notamment en lien avec l'état dépressif et le suicide, après des traitements de première intention bien conduits. Ils nécessitent une surveillance étroite.

MédicamentStatutRemboursement (BDPM)
Varénicline (Champix et génériques)Liste I, sur prescription65 %
Bupropion (Zyban LP 150 mg)Liste I, sur prescriptionNon remboursé

Remboursement des substituts

PointSelon l'Assurance Maladie
TauxLa grande majorité sont remboursés à 65 % depuis le 1er janvier 2019
ConditionUne prescription
PlafondAucun (il était de 150 € par an auparavant)
Avance de fraisDispense possible en pharmacie
ExceptionsCertains sprays et inhaleurs restent en prix libre
PrescripteursMédecins (y compris du travail), sages-femmes (aussi pour l'entourage de la femme enceinte ou accouchée), infirmiers, chirurgiens-dentistes, masseurs-kinésithérapeutes

Selon la base de données publique des médicaments, les substituts nicotiniques ne relèvent d'aucune liste : ils peuvent être délivrés sans ordonnance, mais ne sont alors pas remboursés.

Au comptoir

  • Rappeler l'association patch et forme orale, plus efficace qu'une forme seule (HAS).
  • Cigarettes fumées sous patch : penser d'abord au sous-dosage et orienter vers une adaptation de dose.
  • Gomme : mâcher lentement puis la garder contre la joue, pas de mastication continue comme un chewing-gum.
  • Spray buccal : déconseillé au-delà de 6 mois, ne pas inhaler.
  • Durée : au moins 3 mois, ne pas arrêter trop tôt.
  • Remboursement : présenter la prescription pour bénéficier du remboursement à 65 %, sans plafond.
  • Mois sans tabac : selon Santé publique France, les kits d'aide à l'arrêt sont disponibles gratuitement en pharmacie ; le 39 89 permet de parler à un tabacologue.

À retenir

  • Substituts nicotiniques : première intention, idéalement avec un accompagnement (HAS).
  • Patch + forme orale : plus efficace qu'une forme seule.
  • Dose ajustée dès la première semaine selon les signes de sous-dosage ou de surdosage.
  • Au moins 3 mois ; spray buccal déconseillé au-delà de 6 mois.
  • Grossesse : substituts moins nocifs que le tabac, formes orales à privilégier.
  • Remboursement à 65 % sur prescription, sans plafond.

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