PharmactuPharmactu
Menu
Officine·5 min de lecture

Aide à mourir : le Conseil constitutionnel étend la clause de conscience aux pharmaciens

Le Conseil constitutionnel valide la loi sur l'aide à mourir le 14 août 2026 et formule une réserve d'interprétation : les pharmaciens, en PUI comme en officine, ne peuvent pas être contraints de participer à la préparation ou à la dispensation de la substance létale. La clause de conscience, déjà prévue pour les médecins et les infirmiers, est étendue aux pharmaciens au nom de la liberté de conscience.

L
La Rédaction· Équipe éditoriale
Rédaction
En bref

Le Conseil constitutionnel a rendu sa décision n° 2026-910 DC le 14 août 2026. La loi instaurant un droit à l'aide à mourir est déclarée conforme à la Constitution, sous trois réserves d'interprétation. La deuxième réserve concerne directement le pharmacien : le Conseil reconnaît que la préparation ou la dispensation de la substance létale magistrale est susceptible de heurter les convictions personnelles du pharmacien. En conséquence, les pharmaciens exerçant en pharmacie à usage intérieur (PUI) ou en officine ne peuvent être contraints de participer à la procédure d'aide à mourir, au même titre que les médecins et les infirmiers. Cette clause de conscience repose sur l'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui garantit la liberté de conscience. La substance létale prend la forme d'une préparation magistrale réalisée par la PUI de l'établissement de santé. L'équipe médicale peut la récupérer directement ou la transférer vers une officine désignée. Les conditions d'accès à l'aide à mourir sont strictement encadrées : personne majeure, résidente stable en France, atteinte d'une affection grave et incurable engageant le pronostic vital à court ou moyen terme, en phase avancée ou terminale, présentant une souffrance réfractaire aux traitements, et apte à manifester une volonté libre et éclairée. Un délai de rétractation de deux jours est prévu.

Le Conseil constitutionnel valide la loi sur l'aide à mourir le 14 août 2026. Il formule trois réserves d'interprétation. La deuxième concerne directement le pharmacien : la clause de conscience est étendue aux pharmaciens, en PUI comme en officine. Ils ne peuvent pas être contraints de préparer ou de dispenser la substance létale.

La décision

ÉlémentDétail
Décisionn° 2026-910 DC
Date14 août 2026
ObjetLoi instaurant le droit à l'aide à mourir
VerdictConforme à la Constitution
Réserves3 réserves d'interprétation

Les trois réserves d'interprétation

RéserveContenu
1. Majeur protégéLe médecin doit prendre en compte les observations du représentant légal avant de décider
2. Clause de conscience pharmacienLes pharmaciens (PUI + officine) ne peuvent être contraints de participer à la procédure
3. Établissements privésLe responsable d'un établissement privé peut refuser si d'autres établissements répondent aux besoins locaux et si la procédure contredit les missions statutaires

La clause de conscience du pharmacien

Le Conseil constitutionnel reconnaît que la préparation ou la dispensation de la substance létale est susceptible de heurter les convictions personnelles du pharmacien. Il en déduit que les pharmaciens ne peuvent être tenus de participer à cette procédure, sans quoi la liberté de conscience garantie par l'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 serait méconnue.

ÉlémentDétail
FondementArticle 10 de la DDHC de 1789 (liberté de conscience)
Pharmaciens concernésPUI (pharmacies à usage intérieur) et officines désignées
PortéeRefus de participer à la préparation ou à la dispensation de la substance létale
AlignementMême protection que les médecins et les infirmiers

Ce que la loi prévoyait sans la réserve

La loi mentionnait explicitement la clause de conscience pour les médecins et les infirmiers, mais pas pour les pharmaciens. C'est le Conseil constitutionnel qui l'a étendue par voie de réserve d'interprétation, considérant que l'omission portait atteinte à la liberté de conscience.

Le circuit de la substance létale

La substance utilisée dans la procédure d'aide à mourir est une préparation magistrale, pas un médicament industriel.

ÉtapeDétail
PrescriptionPar le médecin qui a validé la procédure
PréparationPar la pharmacie à usage intérieur (PUI) de l'établissement de santé
RécupérationL'équipe médicale récupère la préparation directement à la PUI
AlternativeTransfert vers une officine désignée pour dispensation
AdministrationPar le patient lui-même, ou par un professionnel de santé si le patient ne peut pas

Pourquoi le pharmacien est concerné

Le pharmacien de PUI prépare la substance magistrale. Le pharmacien d'officine peut être amené à la dispenser si le circuit passe par une officine désignée. Dans les deux cas, la clause de conscience s'applique.

La position de la FSPF

La FSPF (Philippe Besset) avait plaidé pour que la substance soit un médicament industriel distribué par les grossistes-répartiteurs, plutôt qu'une préparation magistrale. L'argument : limiter l'implication du pharmacien à un acte logistique, sans lien direct avec le patient. Le législateur a retenu la préparation magistrale.

Les conditions d'accès à l'aide à mourir

ConditionDétail
ÂgePersonne majeure
RésidenceRésidence stable et régulière en France
AffectionGrave et incurable
Pronostic vitalEngagé à court ou moyen terme
PhaseAvancée ou terminale
SouffranceRéfractaire aux traitements ou insupportable
VolontéLibre et éclairée, manifestée de manière explicite
RétractationDélai de deux jours

Au comptoir : ce que le pharmacien doit savoir dès maintenant

PointDétail
Clause de conscienceLe pharmacien peut refuser de participer, en PUI comme en officine
Pas d'obligationAucun pharmacien ne peut être sanctionné pour avoir exercé sa clause de conscience
Préparation magistraleLa substance est préparée en PUI, pas en officine
Dispensation possibleL'officine peut être désignée comme point de dispensation
Décrets d'applicationLa loi est promulguée mais les décrets d'application fixant les modalités pratiques ne sont pas encore publiés
CalendrierLa mise en oeuvre effective dépend des décrets, attendus dans les mois à venir

Ce qui reste à préciser

Question ouverteDétail
Composition de la substanceLa formule de la préparation magistrale n'est pas encore définie
Circuit officinalLes conditions de transfert vers l'officine ne sont pas détaillées
FormationAucune obligation de formation spécifique n'est mentionnée dans la loi
RegistreLes modalités de traçabilité ne sont pas fixées

À retenir

  • Décision n° 2026-910 DC du 14 août 2026 : la loi sur l'aide à mourir est conforme à la Constitution.
  • Clause de conscience étendue aux pharmaciens par réserve d'interprétation du Conseil constitutionnel.
  • PUI et officine : les deux sont concernés, les deux peuvent refuser.
  • La substance est une préparation magistrale, pas un médicament industriel.
  • Même protection que les médecins et infirmiers : article 10 de la DDHC de 1789.
  • Décrets d'application à venir : les modalités pratiques ne sont pas encore fixées.
  • Aucune obligation de participer : le pharmacien exerce librement sa clause de conscience.

À lire aussi sur Pharmactu :

À lire aussi

Journal officiel posé sur un bureau, ambiance sobre et professionnelle
Officine·5 min

Aide à mourir : la loi est promulguée, le calendrier pour le pharmacien

La loi n° 2026-794 du 18 août 2026 relative au droit à l'aide à mourir a été publiée au Journal officiel n° 0192 du 19 août 2026 (NOR : SFHX2515569L). Elle entre en vigueur le jour de sa publication. Le texte comporte 19 articles. La substance létale est une préparation magistrale réalisée par les pharmacies à usage intérieur (PUI) désignées par arrêté ministériel (article 13). La dispensation peut passer par une officine en accord avec la personne. Le pharmacien bénéficie de la clause de conscience (article 14) mais il est tenu d'informer le patient et de communiquer les noms de confrères disposés à participer. Un arrêté conjoint fixera le prix de cession des préparations et les honoraires des professionnels de santé dans un délai de trois mois (article 17). Plusieurs décrets d'application restent à publier : un décret en Conseil d'État définira les modalités de la procédure (article 11), un arrêté désignera les PUI autorisées (article 13), et un décret organisera la commission de contrôle et d'évaluation (article 15). La consultation du registre de protection juridique n'entrera en vigueur qu'au 31 décembre 2028 au plus tard.

Flacon de vaccin et seringue sur un fond bleu clair, ambiance sobre et professionnelle
Officine·4 min

VRS : Beyfortus et Abrysvo remboursés à 65 % avant la campagne de septembre

Deux avis publiés au Journal officiel du 21 août 2026 relèvent le taux de remboursement des deux produits de prévention du VRS chez le nourrisson. Beyfortus (nirsévimab, Sanofi) passe de 30 % à 65 % au 31 août 2026. Abrysvo (vaccin VRS bivalent recombinant, Pfizer) passe de 30 % à 65 % au 1er septembre 2026. Ce relèvement fait suite à la réévaluation par la HAS du service médical rendu (SMR) de Beyfortus, passé de "modéré" à "important" dans son avis publié le 15 juillet 2026. Le prix de Beyfortus est de 401,80 euros, celui d'Abrysvo de 196,10 euros. Le reste à charge des familles diminue significativement avant le lancement de la campagne VRS 2026-2027, prévue le 14 septembre en métropole et le 31 août en Martinique. Le pharmacien d'officine dispense Beyfortus et peut l'administrer. Abrysvo est un vaccin maternel administré à la femme enceinte entre 32 et 36 semaines d'aménorrhée. Enflonsia (clesrovimab, MSD), le deuxième anticorps anti-VRS disponible cette saison, dispose d'un circuit de remboursement distinct.

Boîte de préservatifs posée sur un comptoir de pharmacie, ambiance sobre
Officine·4 min

Préservatifs non conformes : 40 000 unités vendues, ce que le pharmacien doit vérifier

La DGCCRF et la Direction générale de la santé (DGS) ont publié le 21 août 2026 un communiqué conjoint alertant sur la vente de préservatifs non conformes en France. Une trentaine de références vendues en ligne (Amazon, marketplaces) ne disposent ni de marquage CE, ni d'évaluation de conformité par un organisme tiers. Environ 40 000 unités ont été vendues via un millier de boîtes. Par ailleurs, 260 000 unités de deux références ayant obtenu un marquage CE mais présentant des défauts (risque d'éclatement pour l'une, présence de perforations pour l'autre) ont fait l'objet de rappels entre mai et août 2026. Des contrôles en magasin et en pharmacie ont également identifié des produits non conformes. Les marques concernées incluent Friday Bae, Okamoto (003 et 002), Sagami Original 002 et My Lubie (lot 5rri891). La DGS et Santé publique France recommandent aux utilisateurs de ces produits de réaliser un dépistage IST en laboratoire et un test de grossesse en cas de retard de règles. La DGCCRF a demandé aux plateformes de supprimer les annonces et d'informer les acheteurs. 36 annonces ont été retirées. La liste complète des produits est disponible sur RappelConso.