Missions du pharmacien : infirmiers et médecins libéraux passent à l'attaque, « ça suffit »
Dans un communiqué commun du 25 septembre 2026, le syndicat Convergence Infirmière et l'UFMLS attaquent frontalement l'élargissement des compétences du pharmacien, dénonçant des « petits arrangements entre amis » et une possible « collusion ». Ce qu'ils reprochent, leur revendication, et le contexte de cette offensive interprofessionnelle.
L'élargissement des missions du pharmacien continue de crisper les relations entre professions de santé. Dans un communiqué commun publié le 25 septembre 2026, le syndicat Convergence Infirmière, présidé par Ghislaine Sicre, et l'Union française pour une médecine libre (UFMLS), présidée par Jérôme Marty, attaquent frontalement l'attribution de nouvelles compétences aux pharmaciens. Les deux organisations contestent la légitimité clinique des pharmaciens, qu'elles jugent non formés à l'examen du patient et étrangers au soin à domicile, pointent un possible conflit d'intérêts lorsque le pharmacien conseille et vend le même produit, et évoquent une « collusion » avec les pouvoirs publics. Leur revendication centrale : aucune compétence médicale ou infirmière ne devrait être confiée aux pharmaciens sans que les représentants élus des médecins et des infirmiers ne participent aux discussions, un principe qu'elles veulent inscrire dans la loi. Cette offensive intervient dans un contexte de négociations conventionnelles et d'élargissement des missions officinales, où chaque profession défend sa place dans les soins de proximité. Sur le plan réglementaire, rien ne change dans l'immédiat : il s'agit d'une prise de position syndicale, mais elle illustre une tension à suivre de près.
L'élargissement des missions du pharmacien continue de tendre les relations entre professions de santé. Dans un communiqué commun publié le 25 septembre 2026, le syndicat Convergence Infirmière et l'Union française pour une médecine libre (UFMLS) attaquent frontalement l'attribution de nouvelles compétences aux pharmaciens, dénonçant des « petits arrangements entre amis ». Voici ce qu'ils reprochent, leur revendication, et le contexte de cette offensive.
Une charge frontale contre la légitimité clinique du pharmacien
Le texte, signé par Ghislaine Sicre (présidente de Convergence Infirmière) et Jérôme Marty (président de l'UFMLS), aligne une série de reproches sur la formation et la pratique des pharmaciens :
- ils ne sont pas passés par la faculté de médecine et n'auraient pas été formés à la clinique, n'ayant, selon le communiqué, jamais examiné de patient au cours de leurs études ;
- ils n'auraient jamais porté le soin à domicile, tout au plus livré des médicaments, une activité que le texte compare au commerce en ligne ;
- ils ne disposeraient pas toujours de réelles zones de confidentialité ;
- ils délégueraient parfois des actes à des assistants non professionnels de santé.
Le communiqué pointe aussi un conflit d'intérêts : le pharmacien qui conseille et vend le même produit, par exemple un pansement, peut-il garantir que le choix répond d'abord à l'état de la plaie ?
Le soupçon d'une « collusion »
Les deux organisations vont plus loin en estimant que les pharmaciens seraient « favorisés » par les gouvernements, là où d'autres professions libérales du soin seraient ignorées, ce qui les conduit à poser la question d'une « collusion ». Elles dénoncent l'obtention par les pharmaciens d'actes médicaux ou infirmiers sans que les représentants des médecins ou des infirmiers ne participent aux discussions.
Le ton est frappant : selon le communiqué, « la médecine, l'exercice infirmier ne sont pas quatre protocoles et quelques heures de formation ».
La revendication : verrouiller dans la loi
La demande centrale est claire : aucune compétence médicale ou infirmière ne devrait être confiée aux pharmaciens sans la participation des représentants élus des médecins et des infirmiers aux discussions. Les deux organisations veulent que ce principe soit inscrit dans la loi.
Le contexte : la bataille des missions de proximité
Cette offensive ne tombe pas par hasard. Elle intervient alors que les missions confiées à l'officine s'élargissent (vaccination, prise en charge de certaines pathologies courantes, dépistage, prévention) et que se jouent des négociations conventionnelles sur la place de chaque profession dans les soins de premier recours. Derrière le vocabulaire, c'est bien une question de périmètre professionnel qui se joue.
Ce n'est pas la première passe d'armes du genre : le débat sur le partage des rôles en ville est récurrent, et il s'était déjà cristallisé autour de la vaccination.
Ce que ça change (ou pas) pour le pharmacien
- Sur le plan réglementaire, rien dans l'immédiat : il s'agit d'une prise de position syndicale, pas d'une décision.
- Mais le signal est politique : ces organisations cherchent à peser sur les futures négociations et à encadrer, voire freiner, l'attribution de nouvelles missions à l'officine.
- Pour le pharmacien, c'est un sujet à suivre de près, car il conditionne l'évolution du métier et de ses rémunérations.
À retenir
- Communiqué commun de Convergence Infirmière et de l'UFMLS, publié le 25 septembre 2026.
- Attaque frontale contre l'élargissement des compétences du pharmacien : formation clinique contestée, conflit d'intérêts, soupçon de « collusion ».
- Revendication : aucune compétence médicale ou infirmière aux pharmaciens sans les médecins et infirmiers, inscrite dans la loi.
- Contexte : bataille interprofessionnelle sur les missions de soins de proximité, sur fond de négociations conventionnelles.
- Impact réglementaire immédiat : nul, mais un dossier politique à suivre.
À lire aussi sur Pharmactu :
À lire aussi
« Dénigrement » : l'USPO riposte et dépose trois plaintes devant les Ordres contre Convergence Infirmière et l'UFML-S
Le bras de fer entre professions de santé passe un cran. Après le communiqué conjoint publié par Convergence Infirmière le 25 septembre et l'UFML-S le 26 septembre, qui attaquait frontalement l'élargissement des missions du pharmacien, l'USPO a riposté le 28 septembre. Son président, Pierre-Olivier Variot, annonce avoir saisi les juridictions ordinales compétentes contre les auteurs de ce communiqué. Le syndicat estime que contester une politique de santé est légitime, mais que dénigrer et calomnier une autre profession ne l'est pas. Il vise en particulier les accusations de « collusion » et de « petits arrangements entre amis », ainsi que l'idée que des actes seraient réalisés de manière illégitime en pharmacie, propos qui portent selon lui atteinte à l'honneur des pharmaciens et des préparateurs. L'USPO rappelle un précédent : une première procédure engagée contre Convergence Infirmière en janvier s'était conclue par une conciliation, assortie d'un engagement à ne plus dénigrer les pharmaciens, engagement aujourd'hui rompu selon le syndicat. Les sanctions ordinales encourues peuvent aller de l'avertissement à l'interdiction d'exercice.
Infirmiers et vaccination : derrière le buzz, ce qui a vraiment changé
Depuis plusieurs jours, une même inquiétude circule dans les groupes de pharmaciens sur les réseaux sociaux : les infirmiers seraient sur le point d'empiéter sur la vaccination en officine. En reprenant les textes, le constat est plus nuancé. Sur la vaccination, il n'y a pas de nouveauté : les infirmiers prescrivent et administrent des vaccins depuis 2022-2023, et sur les âges concernés ils restent au même niveau que les pharmaciens d'officine (vaccins du calendrier vaccinal à partir de 11 ans, grippe à partir de 11 ans, covid-19 à partir de 5 ans). Le vrai changement est passé plus discrètement : un arrêté du 26 juin 2026, pris dans le cadre de la réforme de l'autonomie infirmière (loi du 27 juin 2025, décret du 24 décembre 2025), élargit nettement le périmètre de prescription autonome des infirmiers. Il couvre notamment les substituts nicotiniques, les antalgiques de palier 1, le renouvellement d'une contraception orale, la contraception d'urgence, les préservatifs, les tests de dépistage des infections sexuellement transmissibles, des pansements et des dispositifs médicaux. Plusieurs de ces compétences recoupent des missions déjà exercées à l'officine, ce qui explique mieux les tensions que la seule question vaccinale.
La FSPF a un nouveau président : Fabrice Camaioni succède à Philippe Besset
La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), premier syndicat représentatif des pharmaciens titulaires d'officine, a changé de tête. Fabrice Camaioni en est le nouveau président, comme l'atteste la composition actualisée du bureau publiée sur le site de la fédération. Il succède à Philippe Besset, désormais président honoraire. Le nouveau bureau s'articule autour de deux vice-présidents, Philippe Denry et Christophe Wilcke, d'un secrétaire général, Frank Basque, d'une trésorière, Christelle Quermel, et de plusieurs présidents de commissions, parmi lesquels Lucie Bourdy-Dubois à la commission Métier pharmacien. Ce changement intervient à un moment sensible pour l'officine : négociations conventionnelles en cours sur la rémunération et les missions, et vives tensions interprofessionnelles autour du partage des rôles en ville. Le nouveau président prend donc la tête du syndicat majoritaire dans un contexte à la fois économique et politique chargé.