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Antibiotiques : le PLFSS 2027 ouvre la voie à la délivrance à l'unité obligatoire

L'article 28 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 crée un statut juridique du médicament antibiotique, permet de rendre la délivrance à l'unité obligatoire par arrêté et soumet certains antibiotiques à un justificatif de prescription conditionnant leur remboursement. Ce que prévoit le texte et ce qu'il changerait au comptoir.

L
La Rédaction· Équipe éditoriale
Rédaction
En bref

L'article 28 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (n° 3211, déposé le 1er octobre 2026) vise à « préserver l'efficacité des médicaments antibiotiques et sécuriser leur disponibilité ». Il crée une définition légale du médicament antibiotique dans le code de la santé publique. Il permet à un arrêté des ministres de rendre obligatoire, pour certains antibiotiques, la délivrance à l'unité. Il soumet l'ensemble des antibiotiques à des mesures particulières de prescription et de dispensation, et prévoit pour ceux qui présentent un risque particulier de mésusage ou de résistance, dont la liste sera fixée par arrêté, l'application du mécanisme de l'article L. 162-1-7-1 du code de la sécurité sociale : la prise en charge peut être subordonnée à un document établi par le prescripteur, et à défaut, le pharmacien recueille l'accord du patient pour une délivrance sans remboursement. Un arrêté pourra aussi encadrer la prescription de certains antibiotiques en télémédecine. Côté industriels, le texte crée un mécanisme de compensation financière pour sécuriser la disponibilité de certains antibiotiques, assorti de remises et de pénalités. Rien ne s'applique tant que la loi n'est pas adoptée et que les arrêtés et le décret ne sont pas publiés.

La délivrance à l'unité des antibiotiques revient dans le débat, cette fois dans un texte officiel. L'article 28 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (PLFSS) permettrait de la rendre obligatoire par arrêté pour certains antibiotiques. Il crée aussi un statut juridique du médicament antibiotique et des règles de prescription et de dispensation renforcées. Voici ce que dit le texte, et ce qu'il changerait au comptoir.

L'article 28 en un coup d'œil

MesureCe que prévoit le texteMise en œuvre
Définition légale de l'antibiotiqueNouveau 19° de l'article L. 5121-1 du code de la santé publiqueÀ l'adoption de la loi
Délivrance à l'unitéPeut être rendue obligatoire pour certains antibiotiquesPar arrêté des ministres
Règles de prescription et de dispensationMesures particulières pour tous les antibiotiques, renforcées pour certainsDécret en Conseil d'État et arrêté (liste)
TélémédecineConditions particulières ou limitation de la prescription de certains antibiotiquesArrêté, après avis de la HAS
DisponibilitéCompensation financière pour certains laboratoires, en échange d'engagementsConventions avec le CEPS

Un statut juridique pour l'antibiotique

Le texte définit le médicament antibiotique comme « tout médicament à usage humain contenant une ou plusieurs substances actives destinées à exercer une action antibactérienne à des fins thérapeutiques ou prophylactiques ».

Pour le gouvernement, ce statut reconnaît leur spécificité : leur usage n'a pas qu'un effet individuel, il contribue aussi à un phénomène collectif de résistance. L'exposé des motifs rappelle que la consommation d'antibiotiques reste élevée en France et que les objectifs de réduction ne sont pas atteints.

La délivrance à l'unité, sur décision des ministres

C'est la mesure la plus concrète pour l'officine. Le texte complète l'article L. 5123-8 du code de la santé publique : pour des raisons de santé publique liées aux résistances bactériennes, un arrêté des ministres de la santé et de la sécurité sociale peut rendre obligatoire la délivrance à l'unité de certains antibiotiques.

Le texte ne dit pas lesquels : la liste relèverait de l'arrêté. Il ne fixe pas non plus de date.

Des règles de prescription et de dispensation sur deux niveaux

Le texte réécrit l'article L. 5132-10 du code de la santé publique :

NiveauAntibiotiques concernésRègles
Socle communTous les antibiotiquesMesures particulières de prescription et de dispensation, pour prévenir les résistances, favoriser le bon usage ou en cas de risque de mésusage
Niveau renforcéCeux qui présentent un risque particulier de mésusage ou qui participent significativement aux résistances, listés par arrêtéMécanisme de l'article L. 162-1-7-1 du code de la sécurité sociale + autres mesures renforcées

Les modalités seront fixées par décret en Conseil d'État.

Le justificatif de prescription : ce que ça changerait au comptoir

Le niveau renforcé renvoie à un mécanisme déjà en vigueur depuis le 1er janvier 2026 pour d'autres produits : l'article L. 162-1-7-1 du code de la sécurité sociale. Selon ce texte :

  • la prise en charge peut être subordonnée à la présentation, par le patient, d'un document établi par le prescripteur indiquant qu'il a consulté le dossier médical partagé ou que sa prescription respecte les indications ouvrant droit au remboursement ;
  • en l'absence de ce document, ou s'il indique que ces conditions ne sont pas remplies, le pharmacien recueille l'accord du patient pour délivrer le produit sans prise en charge par l'Assurance maladie.

Appliqué aux antibiotiques listés par arrêté, cela voudrait dire : sans justificatif valable, pas de remboursement, et c'est au comptoir que le patient l'apprendrait.

Télémédecine : un encadrement possible

Le texte permet aussi à un arrêté, pris après avis de la Haute Autorité de santé, de fixer des conditions particulières à la prescription de certains antibiotiques en télémédecine, ou de la limiter à certaines situations cliniques, lorsque l'examen à distance ne permet pas d'assurer la pertinence et la sécurité de la prescription.

Côté laboratoires : sécuriser la disponibilité

Pour éviter que la baisse des ventes, recherchée par les politiques de bon usage, ne fasse disparaître certains antibiotiques du marché français, le texte crée une compensation financière pour les laboratoires concernés. Elle est versée si le chiffre d'affaires réalisé passe sous un niveau minimal fixé par convention avec le CEPS. En échange, le laboratoire s'engage sur la disponibilité et la continuité de l'approvisionnement. Des remises sont dues au-delà de certains niveaux de chiffre d'affaires, et une pénalité pouvant atteindre 10 % du chiffre d'affaires réalisé en France est prévue en cas de manquement grave ou répété.

Ce que ça change pour l'officine

  • Rien dans l'immédiat : il faut l'adoption de la loi, puis un arrêté pour la délivrance à l'unité, et un décret et un arrêté pour les règles renforcées.
  • À surveiller : la liste des antibiotiques qui seraient concernés par la délivrance à l'unité et par le justificatif de prescription.
  • Si la délivrance à l'unité devient obligatoire pour certaines molécules, c'est l'organisation de leur dispensation qui changera : les modalités pratiques seraient à lire dans les textes d'application.

La position de l'USPO

Dans un communiqué du 16 octobre 2026, l'USPO s'oppose « avec fermeté » à la dispensation à l'unité des antibiotiques, qu'elle qualifie de mesure « gadget » non évaluée. Le syndicat regrette l'absence de concertation avec les syndicats de pharmaciens et rappelle, citant un rapport récent de la Cour des comptes, que la dispensation à l'unité aurait selon lui des effets limités sur les dépenses de santé et un coût considérable pour les officines.

L'USPO avance trois propositions :

PropositionDétail
Adapter les conditionnementsRéévaluer avec l'ANSM le nombre d'unités par boîte d'antibiotique, selon les recommandations en vigueur
Coordonner médecins et pharmaciensUn groupe de travail entre prescripteurs et dispensateurs
Informer le patientRenforcer l'information à la dispensation pour améliorer l'adhésion sur toute la durée prescrite

Un projet de loi, encore modifiable

La commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale a rejeté le projet de loi le 16 octobre 2026, et la discussion en séance publique s'ouvre le 20 octobre. L'article 28 peut encore évoluer, voire être supprimé, avant l'adoption définitive.

À retenir

  • Article 28 du PLFSS 2027 : un statut juridique du médicament antibiotique.
  • La délivrance à l'unité pourrait être rendue obligatoire par arrêté pour certains antibiotiques.
  • Pour les antibiotiques à risque, listés par arrêté : remboursement conditionné à un justificatif du prescripteur, à défaut délivrance sans prise en charge avec l'accord du patient.
  • Prescription en télémédecine encadrable par arrêté.
  • Rien n'est applicable avant l'adoption de la loi et la publication des textes d'application.

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