PharmactuPharmactu
Officine·5 min de lecture

PLFSS 2027 : un statut pour les groupements d'officine, une contribution de 15 % et la convention prolongée jusqu'en 2028

L'article 10 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 crée un statut juridique des groupements de pharmacies d'officine, instaure une contribution de 15 % sur les sommes qu'ils perçoivent des laboratoires et reporte au 9 mai 2028 l'échéance de la convention pharmaceutique. Ce que prévoit le texte, article par article.

L
La Rédaction· Équipe éditoriale
Rédaction
En bref

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, déposé à l'Assemblée nationale le 1er octobre 2026 (n° 3211), consacre son article 10 à la « régulation de la chaîne de valeur de la distribution du médicament ». Il crée d'abord un statut juridique des groupements de pharmacies d'officine, défini largement : négociation d'achats pour le compte des officines, mise à disposition d'une enseigne, prestations de services liées, référencement ou promotion pour le compte des laboratoires, valorisation de données. Chaque groupement devra adresser à chaque officine un rapport annuel d'activité incluant une synthèse de ses rémunérations, transmettre la liste de ses officines à l'Ordre et à l'Assurance maladie, et tout projet de contrat avec un titulaire devra être communiqué à l'Ordre avant signature, sauf contrat type approuvé par les ministres. Le texte institue ensuite une contribution de 15 % sur les sommes que les groupements perçoivent des laboratoires pour des services liés aux médicaments remboursables (négociation de remises, référencement, promotion, données). Elle est précomptée par les laboratoires, s'applique à compter du 1er janvier 2027 et son produit va à l'Assurance maladie. Les obligations de déclaration des laboratoires sont étendues à l'ensemble des médicaments remboursables. Enfin, l'échéance de la convention nationale des pharmaciens, signée le 9 mars 2022, est reportée au 9 mai 2028. Il s'agit d'un projet de loi : le texte peut encore être modifié par le Parlement.

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (PLFSS), déposé à l'Assemblée nationale le 1er octobre 2026, contient un article qui touche directement l'économie de l'officine. Son article 10 crée un statut des groupements de pharmacies d'officine, instaure une contribution de 15 % sur ce qu'ils perçoivent des laboratoires et prolonge la convention pharmaceutique jusqu'au 9 mai 2028. Nous avons lu le texte : voici ce qu'il prévoit.

L'article 10 en un coup d'œil

MesureCe que prévoit le texteApplication
Statut des groupementsDéfinition légale, obligations d'information et de contrôleÀ l'adoption de la loi
Contribution de 15 %Sur les sommes perçues des laboratoires pour des services liés aux médicaments remboursables1er janvier 2027
Déclarations des laboratoiresÉtendues à tous les médicaments remboursablesPremière déclaration au 1er septembre 2027 (sommes versées en 2026)
Convention pharmaceutiqueÉchéance reportée9 mai 2028

Pourquoi le gouvernement veut encadrer les groupements

L'exposé des motifs est explicite. Selon le gouvernement, les groupements jouent un rôle d'intermédiaire rémunéré entre les laboratoires et les officines, ce qui leur permet de capter une part croissante de la rémunération de la distribution du médicament remboursable, alors qu'aucune mission de service public ne leur est attribuée. Il pointe aussi des structures très diverses, « allant de structures coopératives à des sociétés détenues par des fonds d'investissement ».

Objectif affiché : éviter l'essor d'acteurs financiarisés et préserver l'indépendance des pharmaciens.

Qui est concerné : une définition très large

Le texte crée un nouveau chapitre du code de la santé publique (articles L. 5125-42 et suivants). Est considérée comme groupement de pharmacies d'officine toute personne, quel que soit son statut juridique, qui exerce au moins l'une de ces activités :

  • négociation ou mandat d'achat de produits de santé pour le compte d'officines ;
  • mise à disposition d'une enseigne ou d'une marque ;
  • prestations de services (formation, gestion commerciale, comptabilité, promotion, gestion de données) liées à la négociation d'achats ;
  • pour le compte de laboratoires ou de distributeurs : référencement, organisation de l'approvisionnement, promotion, animation commerciale, mise en relation avec un réseau officinal ou valorisation de données de vente et de dispensation.

La définition s'applique aussi aux structures qui exercent ces activités pour le compte d'un groupement.

Ce qui change pour le titulaire adhérent

Obligation du groupementCe que reçoit ou fait le titulaire
Rapport annuel d'activité adressé à chaque officineUne synthèse des rémunérations perçues par le groupement (hors logistique)
Liste des officines transmise chaque année à l'Ordre et à l'Assurance maladieContrôle du respect des obligations professionnelles
Projet de contrat, d'avenant ou de conditions d'adhésion communiqué à l'Ordre avant signatureL'Ordre peut formuler des observations

Exception : les contrats conformes à un contrat type approuvé par les ministres sont dispensés de cette communication préalable.

La contribution de 15 % : comment elle fonctionne

PointCe que dit le texte
Taux15 %
AssietteLes sommes perçues des laboratoires pour : négociation de prix ou de remises pour les officines, référencement ou approvisionnement, promotion et accès au réseau, données, et tout service facilitant la commercialisation
Médicaments visésLes spécialités remboursables
ExclusionsLes sommes liées à l'achat des médicaments par le groupement et à leur manipulation physique (stockage, distribution en gros)
Qui la paieLe laboratoire la précompte sur chaque versement au groupement et la reverse
À quiAux Urssaf, pour la branche maladie
Depuis quand1er janvier 2027

L'exposé des motifs précise l'intention : réduire la place des groupements comme intermédiaires entre les acteurs régulés, en privilégiant leur rémunération directement par les pharmaciens pour les services qu'ils leur proposent.

Les laboratoires devront tout déclarer

Aujourd'hui, l'obligation de déclaration des remises ne porte que sur les génériques, les hybrides substituables et les biosimilaires substituables. Le texte l'étend à l'ensemble des médicaments remboursables. Les laboratoires devront aussi déclarer au Comité économique des produits de santé (CEPS) les sommes précomptées au titre de la nouvelle contribution.

La convention pharmaceutique prolongée jusqu'au 9 mai 2028

Le texte reporte au 9 mai 2028 l'échéance de la convention nationale entre les pharmaciens titulaires et l'Assurance maladie, conclue le 9 mars 2022. Le cadre conventionnel actuel est donc prolongé, ce qui décale d'autant la négociation d'une nouvelle convention.

Un projet de loi, pas encore une loi

Le texte est en cours d'examen à l'Assemblée nationale : plus de 1 600 amendements ont déjà été déposés en commission des affaires sociales. L'article 10 peut donc encore évoluer, voire être supprimé, avant l'adoption définitive attendue d'ici la fin de l'année. Nous suivrons ses évolutions.

À retenir

  • Article 10 du PLFSS 2027 : un statut juridique des groupements de pharmacies d'officine, défini très largement.
  • Pour l'adhérent : un rapport annuel sur ce que touche son groupement, et des contrats soumis à l'Ordre avant signature (sauf contrat type).
  • Contribution de 15 % sur les sommes versées par les laboratoires aux groupements, précomptée par les laboratoires, dès le 1er janvier 2027.
  • Déclarations des laboratoires étendues à tous les médicaments remboursables.
  • Convention pharmaceutique prolongée jusqu'au 9 mai 2028.
  • C'est un projet de loi : le texte peut encore changer.

À lire aussi sur Pharmactu :

À lire aussi

Bureau d'officine avec écran d'ordinateur et documents administratifs, ambiance back-office
Officine·4 min

Télédéclaration du chiffre d'affaires et des adjoints à l'Ordre des pharmaciens : date limite au 30 juin 2026

La déclaration annuelle du chiffre d'affaires de l'officine et du nombre d'adjoints à l'Ordre national des pharmaciens est ouverte du 7 avril au 30 juin 2026. Elle est obligatoire, dématérialisée et s'effectue via l'espace pharmacien du site ordre.pharmacien.fr. Elle conditionne le calcul de la cotisation ordinale annuelle. À effectuer impérativement avant le 30 juin 2026 pour éviter toute relance et garantir le bon ajustement de la cotisation due par l'officine.

Pharmacien derrière le comptoir d'une officine moderne
Officine·4 min

Rémunération des officines : le rapport IGAS-IGF ouvre un chantier structurel avant 2027

Publié le 7 mai 2026, le rapport conjoint IGAS-IGF sur la distribution pharmaceutique propose une refonte profonde de la rémunération officinale, décorrélée des prix et des volumes. Les syndicats de pharmaciens réagissent diversement, entre ouverture prudente et opposition franche.

Document officiel posé sur un bureau, ambiance institutionnelle sobre
Officine·6 min

PLFSS 2027 : les 20 propositions de l'USPO pour économiser sans rogner l'officine

L'USPO a publié le 1er septembre 2026 une lettre ouverte de son président Pierre-Olivier Variot, adressée à la ministre de la Santé et au directeur de la Sécurité sociale. Le syndicat y expose la logique de ses 20 propositions pour le PLFSS 2027, dont le corpus détaillé n'est communiqué qu'à la presse sur demande. Le fil conducteur : avant de réduire les rémunérations des professionnels de proximité, il faut traquer la non-pertinence, le gaspillage et les stratégies de contournement. La lettre développe sept axes. Premier levier, la pertinence des prescriptions de médicaments onéreux : les médicaments de plus de 150 euros HT représentent moins de 1 % des volumes mais près de la moitié de la dépense avant remises conventionnelles, et l'USPO estime qu'une amélioration de seulement 1 % de la pertinence sur ce périmètre représenterait environ 264 millions d'euros d'économies annuelles. Autres axes : conditionner le remboursement au prix fort des médicaments sans progrès thérapeutique (ASMR V) quand une alternative moins chère existe, porter la substitution générique et biosimilaire à une cible de 90 % (près de 37 millions d'euros d'économies annuelles sur le champ étudié), adapter les conditionnements à la durée de traitement, automatiser l'alimentation du DMP, mieux organiser la sortie d'hôpital avec le pharmacien correspondant notamment pour les patients en ALD, et automatiser la récupération des recours contre tiers. L'USPO demande en contrepartie qu'une part des gains d'efficience soit réinvestie dans le réseau officinal.